[251]Parlant du caractère réaliste et pratique du christianisme dans le nord, Ruskin évoque encore cette figure de la charité d'Amiens dans Pleasures of England: «Tandis que la Charité idéale de Giotto à Padoue présente à Dieu son cœur dans sa main, et en même temps foule aux pieds des sacs d'or, les trésors de la terre, et donne seulement du blé et des fleurs: au porche ouest d'Amiens elle se contente de vêtir un mendiant avec une pièce de drap de la manufacture de la ville (Pleasures of England, IV).
La même comparaison (rencontre certainement fortuite) se trouve être venue à l'esprit de M. Male, et il l'a particulièrement bien exprimée.
«La Charité qui tend à Dieu son cœur enflammé, dit-il, est du pays de saint François d'Assise. La charité qui donne son manteau aux pauvres est du pays de saint Vincent de Paul.»
Ruskin compare encore différentes interprétations de la Charité dans Stones of Venice (chap. sur le Palais des Doges): «Au cinquième chapiteau est figurée la charité. Une femme, des pains sur ses genoux en donne un à un enfant qui tend les bras vers elle à travers une ouverture du feuillage du chapiteau. Très inférieure au symbole giottesque de cette vertu. À la chapelle de l'Arena elle se distingue de toutes les autres vertus à la gloire circulaire qui environne sa tête et à sa croix de feu. Elle est couronnée de fleurs, tend dans sa main droite un vase de blé et de fleurs, et dans la gauche reçoit un trésor du Christ qui apparait au-dessus d'elle pour lui donner le moyen de remplir son incessant office de bienfaisance, tandis qu'elle foule aux pieds les trésors de la terre. La beauté propre à la plupart des conceptions italiennes de la Charité est qu'elles subordonnent la bienfaisance à l'ardeur de son amour, toujours figuré par des flammes; ici elles prennent la forme d'une croix, autour de sa tête; dans la chapelle d'Orcagna à Florence elles sortent d'un encensoir qu'elle a dans sa main; et, dans le Dante, l'embrasent tout entière, si bien que dans le brasier de ces claires flammes, on ne peut plus la distinguer. Spencer la représente comme une mère entourée d'enfants heureux, conception qui a été, depuis, banalisée et vulgarisée par les peintres et les sculpteurs anglais» (Stones of Venice, I, V, § LXXXI). Voir au paragraphe LXVIII du même chapitre comment le sculpteur vénitien a distingué la Libéralité de la Charité.—(Note du Traducteur.)
[252]Pour se rendre compte combien sa religion jadis glorieuse est profanée et lue à rebours par l'esprit français moderne, il vaut la peine, pour le lecteur, de demander chez M. Goyer (place Saint-Denis), le Journal de Saint-Nicolas de 1880 et de regarder le Phénix tel qu'il est représenté à la page 610. L'histoire a l'intention d'être morale, et te Phénix représente l'avarice, mais l'entière destruction de toute tradition sacrée et poétique dans l'esprit d'un enfant par une telle image, est une immoralité qui neutraliserait la prédication d'une année.
Afin que cela vaille la peine pour M. Goyer de vous montrer le numéro, achetez celui dans lequel il y a «les conclusions de Jeannie» (p. 337): La scène d'église (avec dialogue) dans le texte est charmante.—(Note de l'Auteur.)
M. Male n'est pas éloigné de croire que l'artiste qui a représenté la chasteté à Notre-Dame de Paris (Rose) voulait figurer sur son écu une salamandre, symbole de la chasteté parce qu'elle vit dans les flammes, a même la propriété de les éteindre et n'a pas de sexe. Mais l'artiste s'étant trompé et ayant fait de la salamandre un oiseau, son erreur aurait été reproduite à Amiens et à Chartres.—(Note du Traducteur.)
[253]Mais chaste cependant: «Nous voilà loin des terribles figures de la luxure sculptées au portail des églises romanes; à Moissac, à Toulouse des crapauds dévorant le sexe d'une femme et se suspendant à ses seins» (Male).—(Note du Traducteur.)
[254]«Son écu est décoré d'un serpent qui, parfois, s'enroule autour d'un bâton. Aucun blason n'est plus noble puisque c'est Jésus lui-même qui l'a donné à la prudence: «Soyez prudents, disait-il, comme des serpents» (Male).
Giotto donne à la Prudence la double face de Janus et un miroir (Stones of Venice, I, V, § LXXIII). Voir dans ce chapitre de Stones of Venice la définition des mots tempérance, σωροσύνη, μανία, ὔβρις (§ LXXIX).—(Note du Traducteur.)