Quoi qu'il en soit, cette même nuit il contempla dans un rêve le Seigneur Jésus, qui était devant lui, au milieu des anges, ayant sur ses épaules la moitié du manteau dont il avait fait don au mendiant.
Et Jésus dit aux anges qui étaient autour de lui: «Savez-vous qui m'a ainsi velu? Mon serviteur Martin, quoique non baptisé encore, a fait cela.» Et Martin, après cette vision, s'empressa de recevoir le baptême, étant alors dans sa vingt-deuxième année[72]. Que ces choses se soient jamais passées ainsi, ou jusqu'à quel point elles se sont passées ainsi, lecteur crédule ou incrédule, n'est ni votre affaire, ni la mienne. Mais de ces choses, ce qui est et sera éternellement ainsi—notamment la vérité infaillible de la leçon ici enseignée, et les conséquences actuelles de la vie de saint Martin sur l'esprit de la chrétienté—est, très absolument, l'affaire de tout être raisonnable dans un royaume chrétien quelconque.
24. Vous devez d'abord comprendre avant tout que le caractère propre de saint Martin est une charité sereine et douce envers toutes les créatures. Il n'est pas un saint qui prêche—encore moins qui persécute, pas même un saint inquiet. De ses prières, nous entendons peu,—de ses vœux, rien. Ce qu'il fait toujours, c'est seulement la chose juste au moment juste; la rectitude et la bonté ne faisant qu'un dans son âme: un saint extrêmement exemplaire, à mon avis.
Converti, baptisé, et conscient d'avoir vu le Christ, il ne tourmente pas ses officiers pour cela, ne cherche pas à faire de prosélytes dans sa cohorte. «C'est l'affaire du Christ, assurément!—S'il a besoin d'eux, il peut leur apparaître comme il m'est apparu» paraît être son sentiment dans les jours qui suivent son baptême. Il reste soixant-dix ans dans l'armée, toujours aussi calme. Au bout de ce temps, pensant qu'il pourrait être bien de prendre d'autres fonctions, il demande à l'empereur Julien d'accepter sa démission. Celui-ci, l'ayant accusé de pusillanimité, Martin lui offre de conduire sa cohorte au combat, sans armes et portant seulement le signe de la croix. Julien le prend au mot, le garde jusqu'à ce que l'époque du combat approche, mais la veille du jour où il compte le mettre ainsi à l'épreuve, l'ennemi envoie une ambassade avec des offres de soumission et de paix.
25. On n'insiste pas souvent sur cette histoire; jusqu'où elle est littéralement vraie, remarquez-le de nouveau, ne nous importe pas le moins du monde; ici la leçon est donnée pour toujours de la manière dont un soldat chrétien devrait rencontrer ses ennemis. Leçon grâce à laquelle, si le Mr Greatheart[73] de John Bunyan l'avait comprise, les portes célestes se seraient ouvertes de nos jours à plus d'un pèlerin qui n'a pas su se frayer un chemin jusqu'à elles avec l'épée de violence.
Mais l'histoire est vraie en quelque façon pratiquement et effectivement; car, après un certain temps, sans aucun discours, ni anathème, ni agitation d'aucune sorte, nous trouvons le chevalier romain fait évêque de Tours et devenant une influence de bien sans mélange pour toute l'humanité, alors et dans la suite. Et de fait l'histoire de son manteau de chevalier se répète pour sa robe d'évêque, et il ne faut pas la rejeter parce qu'il est probable que c'est une invention car il est tout aussi probable que ce fut une action.
26. Allant dans ses plus beaux habits dire les prières à l'église, avec un de ses diacres, il rencontra sur la route un malheureux sans vêtements, et ordonna à son diacre de lui donner une cotte ou tunique quelconque.
Le diacre objectant qu'il n'avait sous la main aucun habillement profane, saint Martin, avec sa sérénité accoutumée, enlève son étole épiscopale ou telle autre majestueuse et flottante parure que cela pouvait être, la jette sur les épaules nues du mendiant, et, continuant son chemin, va accomplir le service divin, incorrect, en gilet ou tel vêtement de dessous du moyen âge qui lui restait.
Mais, comme il était debout devant l'autel, un globe de lumière parut au-dessus de sa tête, et quand il éleva ses bras nus avec l'Hostie on vit autour de lui les anges qui tenaient au-dessus de sa tête des chaînes d'or et des joyaux qui n'avaient rien de terrestre.
27. Ce n'est pas croyable pour vous, ni dans la nature des choses, sage lecteur, et trop évidemment ce n'est qu'une glose que l'extravagance monastique donne du récit primitif.