31. Pour laquelle charité—mythique si vous voulez, mais éternellement exemplaire—il reste, comme nous l'avons dit, le patron des buveurs bons chrétiens à cette heure.

Comme les années passaient sur lui, il paraît avoir senti qu'il avait porté le poids de la crosse assez longtemps, que l'active Tours avait besoin maintenant d'un évêque plus actif, que pour lui-même il pourrait dorénavant prendre innocemment son plaisir et son repos là où la vigne poussait et l'alouette chantait. Pour palais épiscopal il prend une petite excavation dans les rochers calcaires du bassin supérieur du fleuve, organise toutes choses pour le lit et la table, à peu de frais. Nuit par nuit, pour lui le ruisseau murmure, jour par jour, les feuilles de la vigne lui donnent leur ombre; et le soleil, son héraut, trouant l'horizon chaque jour rapproché, descend pour lui dans l'eau qu'il empourpre—là, où maintenant, la paysanne trotte vers la maison entre ses paniers, où la scie est arrêtée dans le bois à demi fendu, et où le clocher du village s'élève gris contre la lumière la plus éloignée dans le Bord de la Loire de Turner[76].

32. Toutes choses que je ne vous ai pas racontées, à présent, bien qu'elles ne soient pas par elles-mêmes sans profit, sans avoir pour cela une raison spéciale, qui était de vous rendre capables de comprendre la signification d'un fait qui marqua le début de la marche de Clovis dans le sud contre les Wisigoths.

Ayant passé la Loire à Tours, il traversa les domaines de l'abbaye de Saint-Martin qu'il déclara inviolables, et refusa à ses soldats l'autorisation de toucher à rien, excepté à l'eau et à l'herbe pour leurs chevaux. Ses ordres furent si sévères et si inflexible la rigueur avec laquelle il exigea qu'ils fussent obéis, qu'un soldat franc ayant pris sans le consentement du propriétaire du foin qui appartenait à un pauvre homme, et disant en plaisantant «que ce n'était que de l'herbe», il fit mettre l'agresseur à mort, s'écriant qu'«on ne pouvait attendre la victoire, si l'on offensait saint Martin».

33. Maintenant remarquez-le bien, ce passage de la Loire à Tours contient en puissance l'accomplissement des propres destinées du royaume de France et la devise de son pouvoir reconnu et sûrement établi est: «Honneur aux pauvres!» Même un peu d'herbe ne doit pas être volé à un pauvre homme sous peine de mort. Ainsi le veut le chevalier chrétien des armées romaines; placé maintenant sur un trône élevé auprès de Dieu. Ainsi le veut le premier roi chrétien des Francs au loin victorieux; baptisé par Dieu, ici, dans le Jourdain de sa terre promise, alors qu'il le traverse pour en prendre possession.

Pour combien de temps?

Jusqu'à ce que cette même devise soit lue à rebours par un trône dégénéré; jusqu'à ce que, la nouvelle étant apportée que les pauvres du peuple de France n'avaient pas de pain à manger, il leur fût répondu: «Qu'ils pouvaient manger de l'herbe[77].» Sur quoi, près du faubourg Saint-Martin et de la porte Saint-Martin, furent données par le chevalier des Pauvres contre le Roi, des ordres qui terminèrent son festin.

Et souvenez-vous de tous ces exemples, de l'influence sur les âmes françaises présentes et à venir, de saint Martin de Tours.

[52]L'éminent érudit, M. Charles Newton Scott, veut bien m'écrire qu'il voit dans ce titre By the rivers of waters une citation du Cantique des Cantiques, V. 2 «(Tes yeux sont comme des colombes) au bord des eaux vives.»—(Note du traducteur.)

[53]Cf. avec Præterita: