«Vers le moment de l'après-midi où le moderne voyageur fashionable, parti par le train du matin de Charing Cross pour Paris, Nice et Monte-Carlo, s'est un peu remis des nausées de sa traversée, et de l'irritation d'avoir eu à se battre pour trouver des places à Boulogne, et commence à regarder à sa montre pour voir à quelle distance il est du buffet d'Amiens, il est exposé au désappointement et à l'ennui d'un arrêt inutile du train aune gare sans importance où il lit le nom: «Abbeville».

Au moment où le train se remet en marche, il pourra voir, s'il se soucie de lever pour un instant les yeux de son journal, deux tours carrées que dominent les peupliers et les osiers du sol marécageux qu'il traverse. Il est probable que ce coup d'œil est tout ce qu'il souhaitera jamais leur accorder d'attention; et je ne sais guère jusqu'à quel point je pourrai arriver à faire comprendre au lecteur, même le plus sympathique, l'influence qu'elles ont eue sur ma propre vie.

Je dois ici, d'avance, dire au lecteur qu'il y a eu, en somme, trois centres de la pensée de ma vie: Rouen, Genève et Pise.

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C'est en 1835 que je vis pour la première fois Rouen et Venise—Pise seulement en 1840—et je ne pus comprendre la puissance complète d'aucun de ces trois grands spectacles que beaucoup plus tard. Mais, pour Abbeville, qui est comme là préface et l'interprétation de Rouen, j'étais déjà alors en état de la comprendre et je sentis qu'il y avait là, pour moi accès immédiat dans un travail sain et dans la joie.

... Mes bonheurs les plus intenses, je les ai connus dans les montagnes. Mais comme plaisir joyeux et sans mélange, arriver en vue d'Abbeville par une belle après-midi d'été, sauter à terre dans la cour de l'hôtel de l'Europe et descendre la rue en courant pour voir Saint-Wulfran avant que le soleil ait quitté les tours, sont des choses pour lesquelles il faut chérir le passé jusqu'à la fin. De Rouen et de sa cathédrale ce que j'ai à dire trouvera place, si les jours me sont donnés, dans Nos Pères nous ont dit.» (Præterita, I, IX, § 177, 180, 181.)—(Note du Traducteur.)

[54]Cf. Præterita, l'impression des lents courants de marée montante et descendante le long des marches de l'hôtel Danielli.—(Note du Traducteur.)

[55]Isaac Walton, célèbre pêcheur de la Dove, né en 1593 à Strafford, mort en 1683, qui a écrit notamment le Parfait pêcheur à la ligne (Londres, 1653).—(Note du Traducteur.)

[56]Déjà, dans Modern Painters, il est question «de la simplicité sereine et de la grâce des peupliers d'Amiens» (Modern Painters, IV, V, 20). Le IVe volume des Modern Painters est de 1855.—(Note du Traducteur.)

[57]M. H. Dusevel, Histoire de la ville d'Amiens. Amiens, Caron et Lambert, 1848, p. 305.—(Note de l'Auteur.)