Dans le sujet qui fait nôtre étude immédiate, nous avons à nous occuper du premier de ces siècles, le Ve, dont je vais, en conséquence, vous demander d'observer deux divisions très intéressantes.

Toutes les dates, nous l'avons dit, doivent dans ce siècle commencer par le nombre 4.

Si vous mettez la moitié de ce nombre comme second chiffre vous avez 42.

Et si vous en mettez à la place le double, vous avez 48; ajoutez 1 comme troisième chiffre à chacun de ces nombres et vous avez 421 et 481, deux dates que vous voudrez bien fixer dans vos têtes sans vous permettre le moindre vague à leur égard.

Car la première est la date de la naissance de Venise elle-même et de son duché (Voyez le Repos de saint Marc, Ire partie, p. 30); et la seconde est la date de la naissance de la Venise française et de son royaume, Clovis étant, cette année-là, couronné à Amiens.

3. Ce sont les deux grands anniversaires de naissance, «jours de naissance», de nations, au Ve siècle; leurs anniversaires de mort, nous en donnerons les dates une autre fois.

Et ce n'est pas seulement à cause du duché du sombre Rialto, ni à cause du beau royaume de France, que ces deux dates doivent dominer toutes les autres dans le farouche Ve siècle, mais parce qu'elles sont aussi les années de naissance d'une grande dame et d'un plus grand seigneur, de toute la future chrétienté, sainte Geneviève et saint Benoît[81].

Geneviève, «la vague blanche» (Eau riante), la plus pure de toutes les vierges qui aient tiré leur nom de l'écume de la mer ou des bouillons du ruisseau, sans tache, non la troublée et troublante Aphrodite, mais la Leucothéa d'Ulysse, la vague qui conduit à la délivrance.

Vague blanche sur le bleu du lac ou de la mer ensoleillée qui sont depuis les couleurs de France, lis d'argent sur champ d'azur; elle est à jamais le type de la pureté, dans l'active splendeur de l'âme entière et de la vie (distincte en cela de l'innocence plus tranquille et plus réservée de sainte Agnès) et toutes les légendes de chagrin dans l'épreuve ou de chute de toute âme noble de femme sont liées à son nom, en Italien Ginevra devenant l'Imogène de Shakespeare; et Guinevere[82], la vague torrentueuse des eaux des montagnes de la Grande-Bretagne de la pollution desquelles vos modernes ménestrels sentimentaux se lamentent dans leurs chants lugubrement inutiles; mais aucun ne vous dit rien, autant que je sache, de la victoire et de la puissance de cette blanche vague de France.

4. Elle était bergère, une chétive créature, nu-pieds, nu-tête, telle que vous en pouvez voir courant dans leur inculte innocence et dont on s'occupe moins que de leur troupeau, sur bien des collines de France et d'Italie. Assez chétive, âgée de sept ans, c'est tout ce qui en est dit quand on entend d'abord parler d'elle: «Sept fois 1 font 7 (je suis vieille, tu peux me croire, linotte, linotte[83]) et tout autour d'elle, déchaînées comme les Furies, farouches comme les vents du ciel, les armées gothes, dont le tonnerre retentit sur les ruines de l'Univers.