27. Sur quoi nous aussi devons-nous arrêter pour nous endiguer quelque peu; et ayant toute autre chose, voir ce que nous pouvons comprendre à ce nom de Francs relativement auquel Gibbon nous dit de son ton le plus doux de sérénité morale satisfaite: «L'amour de la liberté était la passion maîtresse de ces Germains. Ils méritèrent, ils prirent, ils gardèrent l'épithète honorable de Francs, ou hommes libres.» Il ne nous dit pas toutefois en quelle langue de l'époque (Chaucien, Sicambrien, Chamave ou Catte) «Franc» a jamais signifié Libre; et je ne puis moi-même découvrir à quelle langue, de quelque temps que ce soit, ce mot appartient d'abord; mais je ne doute pas que Miss Yonge (Histoire des Noms Chrétiens, articles sur Frey et Frank) ne donne la vraie racine quand elle parle de ce qu'elle appelle le «Puissant Germain, «Frang» Free Lord. Nullement un libre homme du peuple, rien de pareil; mais une personne dont la nature et le nom impliquaient l'existence autour de lui et au-dessous de lui d'un nombre considérable d'autres personnes qui n'étaient en rien «Frang» ni Frangs. Son titre est un des plus fiers de ceux qui existaient alors; consacré à la fin par la dignité de l'âge ajoutée à celle de la valeur dans le nom de Seigneur, ou Monseigneur, pas encore dans sa dernière forme cokney de «Mossoo» prise dans une acception tout à fait républicaine!

28. De sorte que, en y réfléchissant bien, la qualité de franchise ne donne que son bord plat dans la signification de «Libre», mais du côté du tranchant et de la pointe, sans aucun doute et en tout temps signifie brave, fort, et honnête, au-dessus des autres hommes[93].

Le vieux peuple du pays de forêts ne fut jamais en aucune méchante acception «libre»; mais dans un sens vraiment humain il fut Franc, pensant ce qu'il disait tout haut, et s'y tenant jusqu'à ce qu'il l'eût réalisé. Prompts et nets dans les paroles et dans l'action, absolument sans peur et toujours sans repos; mais sans loi, indisciplinés par laisser-aller ou prodigues par faiblesse, cela ils ne le sont ni en action ni en paroles. Leur franchise, si vous lisez le mot comme un savant et un chrétien, et non comme un moderne infidèle de demi-culture et n'ayant qu'une moitié de cerveau, ne connaissant de toutes les langues de l'univers que son argot, est, en réalité, opposée non à servitude, mais à timidité[94].

C'est aujourd'hui la marque de ce qu'il y a de plus doux et de plus français dans le caractère français qu'il produit des serviteurs qui sont tout bonnement parfaits. Infatigablement attachés à leurs protecteurs, dans une douce adresse à tout faire, sous une tutelle latente; les plus aimablement utiles des valets, les plus gentilles (de mentalité et de personnalité tout à fait bonnes) des bonnes. Mais à aucun degré, ne seront intimidés par vous. Vous aurez beau être le duc ou la duchesse de Montaltissimo vous ne les verrez pas troublés par votre rang élevé. Ils entameront la conversation avec vous s'ils en ont envie.

29. Les meilleurs des serviteurs; les meilleurs des sujets aussi quand ils ont un roi, ou un comte, ou un chef, franc aussi, pour les conduire; ce dont nous verrons la preuve en temps voulu; mais, en ce moment, notez encore ceci, quelque éclat accessoire de la chose appelée par eux dans la suite Liberté que puisse suggérer le nom Frank, vous devez dès maintenant, et toujours dans l'avenir, vous garder de confondre leurs Libertés avec leur Puissance d'agir. Ce que l'attitude de l'armée peut être vis-à-vis de son chef est une question; si chef ou armée peut se tenir en repos six mois, une autre et toute différente. Il leur faut toujours combattre quelqu'un ou aller quelque part, la vie ne leur paraît pas valoir sans cela la peine d'être vécue; et cette activité, cet éclat et cet éclair de vif-argent qui brille à la fois ici et là, qui dans son essence n'est l'amour ni de la guerre ni de la rapine, mais seulement le besoin de changer de place et d'humeur (pour ainsi dire de modes et de temps—et d'intensité)—chez des gens qui ne veulent jamais laisser reposer leurs éperons mais les ont toujours brillants et aux pieds, et aiment mieux jeûner à cheval que festoyer au repos, cette peur enfantine d'être mis dans le coin, et ce besoin continuel d'avoir quelque chose à faire, tout cela doit être considéré par nous avec une sympathie étonnée dans toutes ses conséquences quelquefois éblouissantes, mais trop souvent malheureuses et désastreuses pour la nation elle-même aussi bien que pour ses voisins.

30. Et cette activité que nous, lourds mangeurs de bœufs que nous sommes, nous avions l'habitude, avant que la science moderne nous eût enseigné que nous n'étions nous-mêmes rien de mieux que des babouins, de comparer discourtoisement à celle des tribus plus vives des singes, fit en réalité une si grande impression sur les Hollandais (quand pour la première fois l'irrigation franque donna quelque mouvement et quelque courant à leurs marais) que les plus anciennes armoiries dans lesquelles nous trouvions un blason rappelant la puissance franque, paraissent avoir été l'œuvre d'un Hollandais qui voulait en donner une représentation dédaigneusement satirique.

«Car, dit un très ingénieux historien, M. André Favine, «Parisien et avocat à la Haute-Cour du Parlement français en l'an 1626», ces peuples qui bordaient la Sala appelés «Salts» par les Allemagnes, furent à leur descente dans les pays hollandais appelés par les Romains «Francs Saliques» (d'où la future loi «Salique», remarquez-le) et par abréviation «Salii», apparemment du verbe salire, c'est-à-dire «saulter», «sauter» (et dans l'avenir par conséquent dûment aussi danser—d'une manière incomparable), être «vif et agile du pied, bien sauter et monter, qualités tout particulièrement requises chez ceux qui habitent des lieux humides et marécageux. Aussi pendant que tels des Français comme ceux qui habitaient sur le bras principal du fleuve (Rhin) étaient nommés «Nageurs» (Swimmers), ceux des marais étaient appelés «Saulteurs» (Leapers); c'était un sobriquet donné aux Français en raison et de leur disposition naturelle et de leur résidence; et encore aujourd'hui, leurs ennemis les appellent les Crapauds Français (ou Grenouilles plus exactement), d'où est venue la fable que leurs anciens rois portaient de telles créatures dans leurs armes.»

31. Sans aborder en ce moment la question de savoir si c'est une fable ou non, vous vous rappellerez aisément l'épithète «Salien», caractérisant les gens qui sautent les fossés, traversent les fleuves à la nage, si bien que, comme nous l'avons dit précédemment, toute la longueur du Rhin dut être refortifiée contre eux, épithète toutefois, où il paraît à l'origine y avoir un certain Sel délicat, de sorte que nous pouvons justement, comme nous appelons «vieux Salés» nos marins endurcis, songer à ces Francs plus brillants, plus étincelants, comme à de «Jeunes Salés»; mais les Romains joueront en quelque sorte sur le mot, et dans leur respect naturel pour la flamme martiale et «l'élan» de ces Franks, ils en feront «Salii exsudantes[95]» du nom même de leurs propres prêtres armés qui les suivaient à la guerre.

Allant jusqu'à une dérivation un peu plus lointaine mais subtile, nous pouvons considérer ce premier «Saillant» comme un promontoire en bec d'aigle sur la France que nous connaissons, vers ce que nous appelons aujourd'hui la France; et à jamais dans sa brillante élasticité de tempérament, une nation à sauts et saillies, nous fournissant à nous Anglais, car nous pouvons risquer pour cette fois ce peu d'érudition héraldique, leur «Léopard» (non comme une créature mouchetée et tachetée, mais naturellement élancée et bondissante) pour nos écussons royaux et princiers.