45. «Clovis n'avait pas plus de quinze ans, quand, par la mort de son père, il lui succéda comme chef de la tribu salienne. Les limites étroites de son royaume s'arrêtaient à l'île des Bataves, avec les anciens diocèses de Tournay et Arras; et au baptême de Clovis le nombre de ses guerriers ne pouvait pas excéder 5.000. Les tribus de même race que les Francs qui s'étaient installées le long de l'Escaut, de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, étaient gouvernées par leurs rois autonomes de race mérovingienne, les égaux et les alliés, et quelquefois les ennemis, du prince salique. Quand il avait commencé la campagne, il n'avait ni or ni argent dans ses coffres, ni vin ni blé dans ses magasins; mais il imita l'exemple de César qui dans le même pays s'était enrichi à la pointe de l'épée, et avait acheté des mercenaires avec les fruits de la conquête.

«L'esprit indompté des Barbares apprit à reconnaître les avantages d'une discipline régulière. À la revue annuelle du mois de Mars, leurs armes étaient exactement inspectées; et, quand ils traversaient un territoire pacifique, il leur était défendu de toucher à un brin d'herbe. La justice de Clovis était inexorable; et ceux de ses soldats qui se montraient insouciants ou désobéissants étaient à l'instant punis de mort. Il serait superflu de louer la valeur d'un Franc; mais la valeur de Clovis était gouvernée par une prudence froide et consommée. Dans toutes ses relations avec les hommes il faisait la balance entre le poids de l'intérêt, de la passion et de l'opinion; et ses mesures étaient tantôt en harmonie avec les usages sanguinaires des Germains, tantôt modérées par le génie plus doux de Rome et du christianisme.

46. «Mais le farouche conquérant de la Gaule était incapable de discuter la valeur des preuves d'une religion qui repose sur l'investigation laborieuse du témoignage historique et sur la théologie spéculative. Il était encore plus incapable de ressentir la douce influence de l'Évangile qui persuade et purifie le cœur d'un véritable converti. Son règne ambitieux fut une violation perpétuelle des devoirs moraux et chrétiens: ses mains furent tachées de sang dans la paix comme dans la guerre; et, dès que Clovis se fût débarrassé d'un synode de l'Église Gallicane, il assassina avec tranquillité tous les princes de la race mérovingienne.»

47. C'est trop vrai[105]; mais d'abord c'est de la rhétorique—car nous aurions besoin qu'on nous dise combien étaient tous les princes—en second lieu nous devons remarquer qu'en admettant que Clovis ait à un degré quelconque «étudié les Écritures» telles qu'elles étaient présentées au monde occidental par saint Jérôme, il était à présumer que lui, roi-soldat, penserait davantage à la mission de Josué[106] et de Jéhu qu'à la patience du Christ, dont il songeait plutôt à venger qu'à imiter la passion; et la crainte que les autres rois francs lui succèdent, ou par envie du vaste royaume qu'il avait agrandi l'attaquent et le détrônent, pouvait facilement lui apparaître comme inspirée non par un danger personnel, mais par le retour possible de la nation tout entière à l'idolâtrie. De plus, dans les derniers temps, sa foi dans la protection divine accordée à sa cause avait été ébranlée par la défaite que les Ostrogoths lui avaient infligée devant Arles, et le léopard franc n'avait pas assez complètement perdu ses taches[107] pour abandonner à un ennemi l'occasion du premier bond.

48. Pour en finir, et nous plaçant au-dessus de ces questions de personnes, les diverses formes de la cruauté et de la ruse—la première, remarquez-le, provenant beaucoup d'un mépris de la souffrance qui était une condition d'honneur pour les femmes aussi bien que pour les hommes,—sont dans ces races barbares toujours fondées sur leur amour de la gloire dans la guerre; ce qui ne peut être compris qu'en se rapportant à ce qui reste de ces mêmes caractères dans les castes les plus élevées des Indiens de l'Amérique du Nord; et, avant d'exposer clairement pour finir les événements certains du règne de Clovis jusqu'à la fin, le lecteur fera bien d'apprendre cette liste des personnages du grand Drame, en prenant à cœur la signification du nom de chacun, à cause à la fois de son influence probable sur l'esprit de celui qui le portait, et comme une expression fatale de l'ensemble de ses actes et de leurs conséquences pour les générations futures.

I. CLOVIS.—En forme franque, Hluodoveh[108]. «Glorieuse sainteté» ou sacre. En latin Chlodovisus, quand il fut baptisé par saint Remi, s'adoucissant à travers les siècles en Lhodovisus, Ludovicus, Louis.

II. ALBOFLEDA.—«Blanche fée domestique?» Sa plus jeune sœur épouse Théodoric («Theudreich», le maître du peuple), le grand roi des Ostrogoths.

III. CLOTILDE.—Hlod-hilda, «Glorieuse vierge de batailles». Sa femme. «Hilda» signifiant d'abord bataille, pure; et devenant ensuite Reine ou vierge de bataille. Christianisée en sainte Clotilde en France et sainte Hilda du rocher de Whitby.

III. CLOTILDE.—Sa seule fille, morte pour la foi catholique, sous la persécution arienne.

IV. CHILDEBERT, l'aîné des fils qu'il eut de Clotilde, le premier roi franc à Paris. «Splendeur des Batailles», s'adoucissant en Hildebert, et ensuite Hildebrant comme dans les Nibelung.