54. Ainsi donc, à la fin du Ve siècle, vous avez une Europe divisée simplement par la ligne de partage de ses eaux; et deux rois chrétiens[111] régnant, avec un pouvoir entièrement bienfaisant et sain—l'un au nord—l'autre au sud—le plus puissant et le plus digne des deux mariés à la plus jeune sœur de l'autre: une sainte reine au nord, une reine-mère catholique, pieuse et sincère, au sud. C'est là une conjonction de circonstances assez mémorable dans l'histoire de la terre et certes à méditer, si jamais dans le tourbillon de vos voyages, ô lecteur, vous pouvez vous séparer pour une heure du bétail parqué qu'on pousse sur le Rhin ou l'Adige et vous promener en paix, passé la porte sud de Cologne, ou sur le pont de Fra-Giacondo à Vérone.—Alors, arrêtez-vous et regardez dans l'air limpide au delà du champ de bataille de Tolbiac, vers le bleu Drachenfels, ou, par la plaine de St-Ambrogio vers les montagnes de Garde. Car là furent remportées si vous voulez y penser sérieusement, les deux grandes victoires du monde chrétien. Celle de Constantin donna seulement une autre forme et une nouvelle couleur aux murs tombants de Rome; mais les races Franque et Gothique, par ces conquêtes et sous ces gouvernements, fondèrent les arts et établirent les lois qui donnèrent à toute l'Europe future sa joie et sa vertu. Et il est charmant de voir comment, d'aussi bonne heure, la chevalerie féodale avait déjà sa vie liée à la noblesse de la femme.

Il n'y eut pas d'apparition à Tolbiac et la tradition n'a pas prétendu depuis qu'il y en ait eu. Le roi pria simplement le Dieu de Clotilde. Le matin de la bataille de Vérone, Théodoric visita la tente de sa mère et de sa sœur «et demanda que pour la fête la plus brillante de sa vie, elles le parassent des riches vêtements qu'elles avaient faits de leurs propres mains».

55. Mais sur Clovis s'étendit encore une autre influence—plus grande que celle de sa reine. Lorsque son royaume atteignit la Loire, la bergère de Nanterre était déjà âgée;—elle n'était ni une vierge porte-flambeau des batailles, comme Clotilde, ni un guide chevaleresque de délivrance comme Jeanne; elle avait blanchi dans la douceur de la sagesse et était maintenant «pleine de plus en plus d'une lumière cristalline». Le père de Clovis l'avait connue; lui-même en avait fait son amie, et quand il quitta Paris pour la plaine de Poitiers, il fit le vœu que, s'il était victorieux, il bâtirait une église chrétienne sur les collines de la Seine. Il revint victorieux et, avec sainte Geneviève à son côté, s'arrêta sur l'emplacement des ruines des Thermes Romains, juste au-dessus de l'«Ile» de Paris, pour accomplir son vœu: et pour déterminer les limites des fondations de la première église métropolitaine de la Chrétienté franque[112].

Le roi donne le branle à sa hache de guerre et la lança de toute sa force.—Mesurant ainsi dans son vol la place de son propre tombeau, et de celui de Clotilde, et de sainte Geneviève.

«Là ils reposèrent et reposent,—en âme,—ensemble. La colline tout entière porte encore le nom de la patronne de Paris; une petite rue obscure a gardé celui du Roi Conquérant.»

[81]Sur saint Benoît, voir dans Verona and other lectures les deux chapitres qui devaient faire partie de Nos pères nous ont dit, dans le VIe volume Valle Crucis, sur l'Angleterre. Et notamment les pages 124-128 de Verona.—(Note du Traducteur.)

[82]Personnage des romans chevaleresques, introduit par Tennyson dans Idylles du roi.—(Note du Traducteur.)

[83]Miss Ingelow.—(Note de l'Auteur.)

[84]Après enquête je trouve dans la plaine entre Paris et Sèvres.—(Note de l'Auteur.)

[85]On les montrerait encore à Nanterre sous les noms de Parc de Sainte-Geneviève et de Clos de Sainte-Geneviève (abbé Vidieu, Sainte Geneviève, patronne de Paris).—(Note du Traducteur.)