6. Enflammé par l'enthousiasme de M. Fox, Sir Edward qui, à cette exception près, se fait rarement remarquer par sa fougue, nous dit alors «que notre home insulaire est la demeure favorite de la liberté, de la domination et de la gloire».
Il ne se donne pas à lui-même ni à ses lecteurs l'ennui de se demander combien de temps les nations assujetties par le peuple libre que nous sommes et de l'opprobre desquelles est faite notre gloire, pourront trouver leur satisfaction dans cet arrangement du globe et de ses affaires; ou même si dès à présent la méthode qu'il emploie dans le tracé des cartes, ne peut pas suffit à les convaincre de la situation avilisante qu'elles y occupent.
Car la carte, étant dessinée d'après le système de projection de Mercator, se trouve représenter les possessions britanniques en Amérique comme ayant deux fois la dimension des États-Unis et comme considérablement plus grandes que toute l'Amérique du Sud ensemble, tandis que le cramoisi éclatant dont toute notre propriété foncière est teinte ne peut que graver profondément dans l'esprit de l'innocent lecteur l'impression d'un flux universel de liberté et de gloire s'élançant à travers tous ces champs et de tous ces espaces.
Aussi est-il peu probable qu'il aille chicaner sur des résultats aussi merveilleux et chercher à s'instruire sur la nature et le degré de perfection du gouvernement que nous exerçons dans tel lieu ou dans tel autre, par exemple en Irlande, aux Hébrides ou au Cap.
7. Dans le chapitre qui termine le premier volume des Lois de Fiesole, j'ai posé les principes mathématiques du tracé exact des cartes,—principes que pour beaucoup de raisons il est bon que mes jeunes lecteurs apprennent et dont le plus important est que vous ne pouvez pas rendre plane l'écorce d'une orange sans l'ouvrir et que vous ne devez pas, si vous dessinez des pays sur l'écorce non entamée, les étendre ensuite pour remplir les vides.
L'orgueil britannique qui ne se refuse pas le luxe de Walter Scott et de Shakespeare à un penny, pourra assurément dans sa grandeur future se rendre possesseur d'univers à un penny pirouettant convenablement sur leur axe. Je peux donc supposer que mes lecteurs pourront suivre sur une sphère pendant que je parlerai du globe terrestre; et sur un tracé convenablement réduit de ses surfaces pendant que je parlerai d'un pays.
8. Si le lecteur peut les avoir maintenant sous les yeux ou au moins recourir à une carte bien dessinée des deux hémisphères avec des méridiens convergents, je le prierai d'abord de remarquer que, bien que l'ancienne division du monde en quatre quartiers soit à peu près effacée aujourd'hui par l'émigration et le câble transatlantique, pourtant la grande question qui domine l'histoire du globe n'est pas de savoir comment il est divisé ici et là, au gré des rentrants et des saillies de terre et de mer mais comment il est divisé en zones de latitude par les lois irrésistibles de la lumière et de l'air. Il n'y a souvent qu'un intérêt très secondaire à savoir si un homme est Américain ou Africain, Européen ou Asiatique; mais c'est un point d'un intérêt extrême et décisif de savoir s'il est Brésilien ou Patagon, Japonais ou Samoyède.
9. Au cours du dernier chapitre j'ai demandé au lecteur de bien retenir la conception de la grande division climatérique qui séparait les races errantes de Norvège et de Sibérie des nations tranquillement sédentaires de Bretagne, de Gaule, de Germanie et de Dacie.
Fixez maintenant cette division dans votre esprit d'une manière définitive en dessinant même grossièrement le cours de deux fleuves, auxquels habituellement pensent peu les géographes, mais qui sont d'une indicible importance dans l'histoire de l'humanité, la Vistule et le Dniester.
10. Ils prennent leur source à trente milles l'un de l'autre[114] et chacun coule, ses trois cents milles (sans compter les détours)—la Vistule au nord-ouest, le Dniester au sud-est; les deux ensemble coupent l'Europe au cou pour ainsi dire et séparent, pour examiner la chose d'une manière plus profonde, l'Europe proprement dite (celle même d'Europe et de Jupiter) le petit fragment éducable, civilisable, et d'une mentalité plus ou moins raisonnable du globe,—du grand désert moscovite, tant Cis-Ouralien que Trans-Ouralien; l'espace chaotique que nous ne pouvons concevoir, occupé depuis des temps indéterminés et sans histoire par des Scythes, des Tartares, des Huns, des Cosaques, des Ours, des Hermines et des Mammouths, avec une épaisseur variable de peau, un engourdissement variable du cerveau et des souffrances diverses selon qu'ils étaient sédentaires ou errants. Aucune histoire valant la peine d'être retracée ne s'y rattache; car la force de la Scandinavie n'a jamais cherché son issue par l'isthme de Finlande, mais a toujours navigué à grand renfort de barques et de rames à travers la Baltique ou en descendant la côte rocheuse ouest; et la pression des glaces sibériennes et russes amène simplement les races réellement mémorables à un plus haut degré de concentration, et les pétrit en masses exploratrices rendues par la nécessité plus farouches.