Puis finalement vous avez à connaître parfaitement en tant qu'elle a été pour tous ces pays la source d'une inspiration que toutes les âmes qui en ont été douées ont tenue pour un pouvoir sacré et surnaturel, la petite région montagneuse de la Terre Sainte, avec la Philistie et la Syrie sur ses flancs, toutes deux les puissances du châtiment, mais la Syrie étant elle-même au début l'origine de la race élue: «Mon père fut un Syrien prêt à périr[118]» et la Syrienne Rachel devant toujours être regardée comme la véritable mère d'Israël.

15. Et rappelez-vous dans toute étude future des rapports de ces contrées entre elles, que vous ne devez jamais permettre à votre esprit de se préoccuper des variations accidentelles d'une délimitation politique. Peu importe, qui gouverne un pays, peu importe le nom qu'on lui donne officiellement ou ses frontières conventionnelles, des barrières et des portes éternelles y sont placées par les montagnes et les mers, et les nuages et les étoiles les courbent sous le joug de lois éternelles. Le peuple qui y est né est son peuple, fût-il mille et mille fois conquis, exilé ou captif. L'étranger ne peut pas être son roi, l'envahisseur son maître et, bien que des lois justes, qu'elles soient instituées par les peuples ou par ceux qui les ont conquis, aient toujours la vertu et la puissance qui sont l'apanage de la justice, rien ne peut assurer à aucune race, ni à aucune classe d'hommes de bienfaits durables que la flamme qui est dans leur propre cœur, allumée par l'amour du pays natal.

16. Naturellement, en disant que l'envahisseur d'un pays ne pourra jamais le posséder, je parle seulement d'invasions telles que celles des Vandales en Libye ou telle que le nôtre aux Indes; là où la race conquérante ne peut pas devenir un habitant permanent. Vous ne pourrez pas appeler la Libye Vandalie, ou l'Inde Angleterre, parce que ces pays sont temporairement sous la loi des Vandales et des Anglais, pas plus que vous ne pourrez appeler l'Italie sous les Ostrogoths, Gothie, ou l'Angleterre sous Canut, Danemark. Le caractère national se modifie lorsque l'invasion ou la corruption viennent l'affaiblir, mais si jamais il vient à reprendre son éclat dans une vie nouvelle il faut que cette vie soit façonnée par la terre et le ciel du pays lui-même. Des douze noms de pays donnés à présent dans leur ordre, nous en verrons changer un seul, en avançant dans notre histoire; la Gaule deviendra exactement la France lorsque les Francs viendront l'habiter pour toujours. Les onze autres noms primitifs nous serviront jusqu'à la fin.

17. Un moment de patience encore pour jeter un coup d'œil vers l'Extrême-Orient, et nous aurons établi les bases de toute la géographie qui nous est nécessaire. De même que les royaumes du nord sont séparés du désert scythe par la Vistule, ceux du sud sont séparés des dynasties «Orientales» proprement dites par l'Euphrate, qui «plongeant pendant une partie de son cours dans le Golfe Persique va des rives du Béloutchistan et de l'Oman aux montagnes d'Arménie, et forme une immense cheminée d'air chaud dont la base» (ou ouverture) «est sur les tropiques tandis que son extrémité atteint le 37e degré de latitude nord.

«C'est pour cela que le Simoun lui-même (le spécifique et gazeux Simoun) rend à l'occasion visite à Mossoul et à Djezirat Omer, pendant que le baromètre à Bagdad atteint en été une hauteur capable d'ébranler la foi d'un vieil Indien lui-même[119]

18. Cette vallée dans les anciens jours formait le royaume d'Assyrie comme la vallée du Nil formait celui d'Égypte. Nous n'avons pas dans cette étude à nous occuper de son peuple qui ne fut vis-à-vis des juifs rien qu'ennemi, la nation même de la captivité, inexorable comme l'argile de ses murailles, ou la pierre de ses statues; et après la naissance du Christ, la marécageuse vallée n'est plus qu'un champ de bataille entre l'Ouest et l'Est. Au delà du grand fleuve, la Perse, l'Inde et la Chine forment «l'Orient Méridional». La Perse doit être exactement conçue comme le pays qui s'étend du Golfe Persique aux chaînes de montagnes qui dominent et alimentent l'Indus, elle est la vraie puissance de vie de l'Orient aux jours de Marathon, mais n'a eu d'influence sur l'histoire chrétienne que par l'intermédiaire de l'Arabie; quant aux tribus asiatiques du nord, Modes, Bactres, Parthes et Scythes, devenus plus tard les Turcs et les Tartares, nous n'avons pas à nous en préoccuper avant le jour où ils viennent nous envahir chez nous, dans notre propre territoire historique.

19. Employant les termes «gothique» et «classique» pour séparer simplement des zones septentrionales et centrales notre propre territoire, nous pouvons avec tout autant de justice nous servir du mot arabe[120] pour toute la zone du sud. L'influence de l'Égypte disparaît peu après le IVe siècle, tandis que celle de l'Arabie, puissante dès le début, grandit au VIe siècle sous la forme d'un empire dont nous n'avons pas encore vu la fin[121]. Et vous pourrez apprécier de la manière la plus juste le principe religieux sur lequel est édifié cet empire en vous souvenant que, tandis que les Juifs prononçaient eux-mêmes la déchéance de leur pouvoir prophétique en exerçant la profession de l'usure sur toute la terre, les Arabes revenaient à la simplicité de la prophétie, telle qu'elle était à ses commencements auprès du puits d'Agar[122] et ne sont pas d'ailleurs des adversaires du Christianisme, mais seulement des fautes ou des folies des chrétiens. Ils gardent encore leur foi en un seul Dieu, celui qui parla à Abraham[123] leur père, et sont dans cette simplicité, bien plus véritablement ses enfants que les chrétiens de nom, qui vécurent et vivent seulement pour discuter dans des conciles vociférants ou dans un schisme furieux les rapports du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

20. Comptant sur mon lecteur pour bien retenir désormais, et sans faire de confusion, la notion des trois zones, Gothique, Classique et Arabe, chacune divisée en quatre pays clairement reconnaissables à travers tous les âges de l'histoire ancienne ou moderne, je dois lui simplifier une autre notion encore, celle de l'Empire Romain (Voyez la note du dernier paragraphe), au point de vue où il a à s'en occuper. Son extension nominale, ses conquêtes temporaires ou ses vices internes n'ont pour ainsi dire pas d'importance historique; seul, l'empire réel correspond à quelque chose de vrai, est un exemple de loi juste, de discipline militaire, d'art manuel, donné à des races indisciplinées, et comme une traduction de la pensée grecque en un système plus concentré et plus assimilable à elles. La zone classique, du commencement à la fin de son règne effectif, repose sur ces deux éléments: l'imagination grecque avec la règle romaine; et les divisions ou les dislocations des IIIe et IVe siècles ne font que laisser paraître d'une manière toute naturelle leurs différences, quand le système politique qui les dissimulait fut mis à l'épreuve par le christianisme.

Les historiens semblent ordinairement aussi avoir presque entièrement perdu de vue que dans les guerres des derniers Romains avec les Goths, les grands capitaines goths étaient tous chrétiens; et que la forme vigoureuse et naïve que la foi naissante prenait dans leurs esprits est un sujet d'étude plus important à approfondir que les guerres inévitables qui suivirent la retraite de Dioclétien, ou que les schismes confus et les crimes de la cour lascive de Constantin.

Je suis forcé cependant de noter les conditions dans lesquelles les derniers partages arbitraires de l'empire eurent lieu afin qu'ils éclaircissent pour vous au lieu de l'embrouiller, l'ordre des nations que je voudrais fixer dans votre mémoire.