21. «Je te prie, Seigneur, père et guide de notre raison, fais que nous puissions nous souvenir de la noblesse dont tu nous a ornés et que tu sois toujours à notre main droite et à notre gauche[203], tandis que se meuvent nos volontés; de sorte que nous puissions être purgés de la contagion du corps et des affections de la brute et les dominer et les gouverner; et en user, comme il convient aux hommes, ainsi que d'instruments. Et alors que tu fasses cause commune avec nous pour le redressement vigilant de notre esprit et pour sa conjonction, à la lumière de la vérité, avec les choses qui sont vraiment.
«Et en troisième lieu, je te prie, toi le Sauveur, de dissiper entièrement les ténèbres qui emprisonnent les yeux de nos âmes, afin que nous puissions bien connaître qui doit être tenu pour Dieu, et qui pour mortel. Amen[204].»
Et après avoir prié cette prière ou au moins l'avoir lue avec le désir d'être meilleur (si vous ne le pouvez pas, il n'y a aucun espoir que vous preniez à présent plaisir à aucune œuvre humaine de haute inspiration, que ce soit poésie, peinture ou sculpture) nous pouvons nous avancer un peu plus à l'ouest de la nef, au milieu de laquelle, mais seulement à quelques yards de son extrémité, deux pierres plates (le bedeau vous les montrera), l'une un peu plus en arrière que l'autre, sont posées sur les tombes des deux grands évêques, dont toute la force de vie fut donnée, avec celle de l'architecte, pour élever ce temple. Leurs vraies tombes sont restées au même endroit; mais les tombeaux élevés au-dessus d'elles, changés plusieurs fois de place, sont maintenant à votre droite et à votre gauche quand vous regardez en arrière vers l'abside, sous la troisième arche entre la nef et les bas côtés.
23. Tous deux sont en bronze, fondus d'un seul jet et avec une maîtrise insurpassable, et à certains égards inimitable, dans l'art du fondeur.
«Chef-d'œuvres de fonte, le tout fondu d'un seul jet, et admirablement[205].» Il n'y a que deux tombeaux semblables qui existent encore en France, ceux des enfants de saint Louis. Tous ceux du même genre, et il y en avait un grand nombre dans toute grande cathédrale française ont été d'abord arrachés des sépultures qu'ils couvraient, afin d'ôter à la France la mémoire de ses morts; et ensuite fondus en sous et centimes, pour acheter de la poudre à canon et de l'absinthe à ses vivants,—par l'esprit de Progrès et de Civilisation dans sa première flamme d'enthousiasme et sa lumière nouvelle, de 1789 à 1800.
Les tombeaux d'enfants, placés chacun d'un côté de l'autel de saint Denis, sont beaucoup plus petits que ceux-ci, quoique d'un plus beau travail. Ceux auprès de qui vous êtes en ce moment sont les deux seuls tombeaux de bronze de ses hommes des grandes époques, qui subsistent en France!
24. Et ce sont les tombes des pasteurs de son peuple, qui pour elle ont élevé le premier temple parfait à son Dieu; celle de l'évêque Évrard est à votre droite et porte gravée autour de sa bordure cette inscription[206]:
Celui qui nourrit le peuple, qui posa les fondations de ce
Monument, aux soins de qui la cité fut confiée
Ici dans un baume éternel de gloire repose Évrard.
Un homme compatissant à l'affligé, le protecteur de la veuve,
de l'orphelin
Le gardien. Ceux qu'il pouvait, il les réconfortait de ses dons.
Aux paroles des hommes,
Si douces, un agneau; si violentes, un lion; si orgueilleuses,
un acier mordant».
L'anglais dans ses meilleurs jours, ceux d'Élisabeth, est une langue plus noble que ne fut jamais le latin; mais son mérite est dans la couleur et l'accent, non pas dans ce qu'on pourrait appeler la condensation métallique ou cristalline. Et il est impossible de traduire la dernière ligne de cette inscription en un nombre aussi restreint de mots anglais. Remarquez d'abord que les amis et ennemis de l'évêque sont mentionnés comme tels en paroles, non en actes, parce que les paroles orgueilleuses, ou moqueuses, ou flatteuses des hommes sont en effet ce que sur cette terre les doux doivent savoir supporter et bien accueillir rieurs actes, c'est aux rois et aux chevaliers à s'en occuper; non que les évêques ne missent souvent la main aux actes aussi; et dans la bataille, il leur était permis de frapper avec la masse, mais non avec l'épée, ni la lance—c'est-à-dire non de «faire couler le sang». Car il était présumé qu'un homme peut toujours guérir d'un coup de masse (ce qui cependant dépendait de l'intention de l'évêque qui le donnait). La bataille de Bouvines, qui est en réalité une des plus importantes du moyen âge fut gagnée contre les Anglais, (et en outre contre les troupes auxiliaires d'Allemands qui marchaient sous Othon,) par deux évêques français (Senlis et Bayeux)—qui tous deux furent les généraux des armées du roi de France, et conduisirent ses charges. Notre comte de Salisbury se rendit à l'évêque de Bayeux en personne.