[111]Comparez: «Les plus grands trésors d'art que l'Europe possède actuellement sont des morceaux de vieux plâtres sur des murs en ruines où les lézards se cachent et se chauffent et dont peu d'autres créatures vivantes approchent jamais; et les restes déchirés de toiles ternies dans les coins perdus des églises, etc. Un grand nombre de fresques et de plafonds de Véronèse et de Tintoret au Palais ducal ont été réduits, par la négligence des hommes, à cette condition. Malheureusement comme aucun d'eux n'est sans réputation, ils ont attiré l'attention des autorités vénitiennes et des académiciens. Il est de règle que les corps publics qui ne veulent pas payer cinq livres pour protéger un tableau en paient cinquante pour le repeindre. Et quand je fus à Venise, en 1846, il y avait deux opérations réparatrices qui se poursuivaient simultanément dans les deux édifices qui renferment les plus merveilleux tableaux de la ville... Des seaux étaient placés par terre dans la Scuola San Rocco à chaque averse pour recevoir la pluie qui traversait les plafonds de Tintoret, pendant qu'au Palais ducal les Véronèse étaient par terre pour être repeints; et je vis moi-même repeindre le ventre d'un cheval blanc de Véronèse à l'aide d'une brosse placée à l'extrémité d'un bâton de cinq mètres de long et trempé dans un pot à peinture de bâtiments, etc.» (Stones of Venice, II, VIII, 138 et 139.) (Note du traducteur.)

[112]Comparez: «Et moi qui vous parle de l'utilité de la guerre, je devrais véritablement être le dernier à vous parler de cette façon si je me fiais à ma seule expérience. Voici pourquoi: j'ai consacré une grande partie de ma vie à des recherches sur la peinture vénitienne et ces études ont eu pour résultat de me faire adopter l'un de ses représentants comme le plus grand de tous les peintres. Je me suis fait cette conviction sous un plafond couvert de ses peintures; et parmi ces peintures trois des plus belles n'offraient plus que des morceaux déchiquetés, mêlés aux lattes du plafond crevé par trois obus autrichiens. Or, sans doute tous les conférenciers ne pourraient pas vous dire qu'ils ont vu trois de leurs tableaux préférés mis en lambeaux par des obus. Et devant un pareil spectacle quel est le conférencier qui vous dirait comme moi que cependant la guerre est le fondement de tout grand art?» (La Couronne d'Olivier Sauvage, IIIe conférence: la guerre). Mais la référence exacte paraît être Stones of Venice, II, VII, 123. (Note du traducteur.)

[113]Les quatre premières éditions portaient: «Tous les Titiens»; à partir de 1871 ces mots sont remplacés par «toutes les plus belles peintures». La «Library Edition», qui signale cette variante, en conclut avec finesse et un peu spécieusement que l'admiration de Ruskin pour le Titien avait quelque peu diminué. Nous avons, à vrai dire, des témoignages plus précis que celui que donne la «Library Edition» de la révolution qui eut lieu dans le goût de Ruskin et qui renversa la hiérarchie de ses admirations. Nous n'avons pas la place malheureusement de donner ici aucune indication sur cette crise esthétique qui dénoua chez Ruskin la crise religieuse et calma ses plus grands doutes en lui montrant que les peintres croyants comme Giotto étaient supérieurs aux peintres incroyants comme Titien. (Note du traducteur.)

[114]Je voulais dire que les plus beaux lieux du monde, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne du Sud, etc., sont assurément les cathédrales véritables, les lieux ou révérer et ou prier, et que nous nous soucions seulement de les traverser à toute vitesse et de manger à leurs endroits les plus sacrés. (Note de l'auteur.)

[115]Cf. Præterita: «Depuis que j'ai composé et médité là pour la dernière fois, que «d'embellissements» sont survenus... Ensuite chaque jour d'exposition vint un flot de gens qui prenaient le sentier et qui le salissaient avec des cendres de cigare pour le reste de la semaine. Puis ce furent les chemins de fer, les voyous amenés par les trains de plaisir qui renversaient les palissades, faisaient peur aux vaches et cassaient autant de branches fleuries qu'ils pouvaient en attraper... etc., etc. Enfin, cette année une palissade de six pieds de haut a été placée de l'autre côté et les promeneurs marchent l'un derrière l'autre, s'offrent telle notion de l'air, de la campagne et du paysage qu'ils peuvent, entre ce mur et la palissade, chacun avec un mauvais cigare devant lui, un second derrière et un troisième dans la bouche.» (Note du traducteur.)

[116]«Oui, Chamonix est une demeure désolée pour moi. Je n'y retournerai plus, je crois. Je pourrais éviter la foule en hiver, mais que les glaciers m'aient trahi... c'en est trop! Faites, s'il vous plaît, mes amitiés à la grosse pierre qui est sous Breven à un quart de mille au-dessus du village, à moins qu'ils ne l'aient détruite pour leurs hôtels.» (Lettre citée par M. de la Sizeranne.) Comparez aussi avec The Queen of Air (Préface): «Ce 1er jour de mai 1869 je me retrouve écrivant là où mon œuvre fut commencée, il y a 35 ans, en vue des neiges des Alpes supérieures. Depuis ce temps, d'étranges calamités ont fondu sur les spectacles que j'ai le plus aimés et tâché de faire aimer aux autres. La lumière... l'air... l'eau sont souillés. Ce matin, sur le lac de Genève à un demi-mille, je pouvais à peine voir le plat de ma rame à 2 mètres de profondeur. À la place d'un petit rocher de marbre, dernier pied du Jura descendant dans l'eau bleue, toujours couvert de fleurs roses de saponaires, on a construit une rocaille artificielle avec cette inscription sur ses pierres rapportées:

«Aux botanistes
Le club jurassique.»

«Ah! maîtres de la science moderne, rendez-moi mon Athénée, faites-la sortir de vos fioles, et enfermez-y sous scellés, s'il se peut une fois encore, Asmodée! Enseignez-nous seulement—ceci qui est tout ce que l'homme a besoin de savoir—que l'air lui a été donné pour sa vie, et la pluie pour sa soif et pour son baptême, et le feu pour sa chaleur et le soleil pour sa vue, et la terre pour sa nourriture,—et pour son Repos.» J'ai résumé ce dernier passage d'après M. de la Sizeranne. M. de la Sizeranne écrit ici «repos» avec un petit r. Je préfère rétablir la majuscule qui est dans Ruskin. Ainsi à la majesté soudaine, on comprend de quel repos il s'agit. Peut-être pourtant pourrait-on soutenir qu'il ne s'agit pas ici du repos de la tombe. On pourrait s'appuyer pour cela sur la Préface de «The crown of wild olive». «L'herbe cependant fut-elle créée verte pour vous servir seulement de linceul et non pour vous servir de lit? et n'y aura-t-il jamais de repos pour vous au-dessus d'elle, mais seulement au-dessous?» Malgré ce doute qui me vient et que j'avoue, je crois qu'il s'agit ici, surtout à cause de la majuscule et de l'importance donnée au mot final de la préface, du repos de la tombe. (Note du traducteur.)

[117]Ruskin fait ici allusion à ce passage de S. Mathieu (XXI, 3 et suivants, ou à Isaïe, V, 2, le passage est identique): «Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir et bâtit une tour» pour qu'on pût de là surveiller la vigne. Ruskin a fait allusion à ces versets dans «Lectures of Architecture and Painting», § 19, quand, énumérant tous les passages de la Bible où nous sont montrées des tours, il nous dit: «Vous vous rappelez ce propriétaire qui construisit une tour dans son vignoble.» Dans le passage de «Lectures of Architecture and Painting» Ruskin veut montrer (à propos de la valeur religieuse de l'architecture gothique) que, dans la Bible, les tours n'ont jamais un caractère religieux et sont seulement construites par orgueil, plaisir, ou dans un but de défense. (Note du traducteur.)

[118]Cf. Time and Tide, § 46.