[119]Voir plus loin «des sentiments de joie purs» et surtout comparez avec Arrows of the Chace (passage cité par M. Bardoux): «Buvons et mangeons, car nous mourrons demain», disait le fermier latin et il nous a laissé d'éternels monuments de sagesse humaine et de chant joyeux. «Travaillons et soyons justes, car demain nous mourrons et après la mort viendra le jugement», disaient Holbein et Durer, et ils nous ont laissé d'éternels souvenirs du travail humain et de la crainte attristée de la divinité. «Réjouissons-nous et soyons heureux, car demain nous mourrons et nous serons avec Dieu», disaient Fra Anglico et Giotto; et ils nous ont laissé d'éternels monuments de la royauté des cieux, divinement lambrissée. «Fumons des pipes, gagnons de l'argent, lisons de mauvais romans, marchons dans l'air empesté, disons avec sentiment que nous sommes bien las, car demain nous mourrons et nous serons changés en pipes», voilà ce que disent les hommes d'aujourd'hui.»—On sait que «buvons et mangeons car nous mourrons demain» est une citation d'Isaïe, XXII, 13. Quant au passage tout entier, tant d'idées essentielles à Ruskin s'y laissent deviner, quand elles ne s'y montrent pas, que pour ne pas accumuler les abstractions, je renonce à les isoler. Je me contente de renvoyer le lecteur à la note de la page 211 «oui, mais quel roi» et la longue note des pages 212 et 213. (Note du traducteur.)

[120]L'entrefilet entier est en effet imprimé en rouge dans le texte anglais. Nous aurions voulu pouvoir faire de même ici, afin de conserver l'aspect singulier que ces pages ont dans l'original. Mais des difficultés matérielles d'exécution nous en ont empêché. (Note du traducteur.)

[121]Cf. Stones of Venice «un message qui fut un jour écrit dans le sang et un son qui remplira un jour les voûtes du ciel» (Stones of Venice, I, IV, LXXI), et The crown of wild olive, ch. II, § 59, «lorsque le monde entier se tatoue de rouge avec son propre sang au lieu de vermillon». (Note du traducteur.)

[122]«Une des choses que nous devons nous acharner à obtenir pour le bien de toutes les classes dans nos programmes futurs, c'est que dans aucune, on ne porte d'habillement remis à neuf. Voir la préface.» (Note de l'auteur.)

[123]Cette expression abrégée de la pénalité encourus par le travail infructueux coïncide d'une manière curieuse dans la forme avec certain passage que quelques-uns d'entre nous se rappellent peut-être (a). Il sera peut-être bon de produire à côté de ce récit un autre article que j'ai gardé dans mes tiroirs, découpé dans un Morning Post qui date à peu près du même moment, mars 1865 (b): «Les salons de Mme C..., qui faisait les honneurs avec une grâce et une élégance parfaitement imitées, étaient encombrés de princes, de ducs, de marquis et de comtes, en fait du même public masculin que celui qu'on rencontre aux réunions de la princesse Metternich et de Mme Drouyn de Lhuys. Il y avait quelques pairs d'Angleterre et quelques membres du parlement et ils paraissaient jouir de ce spectacle joyeux et indécent. Au second étage, les tables du souper étaient chargées de tous les mets délicats de la saison. Afin que nos lecteurs puissent se faire une idée de la chère exquise du demi-monde parisien, je copie le menu du souper qui fut servi à tous les convives (environ 200) assis, à 4 heures: Yquem supérieur, Johannisberg, Lafitte, Tokai, Champagne, des crûs les plus nobles, furent servis avec abondance le matin. Après le souper, la danse fut reprise avec un surcroît d'entrain et le bal se termina par une chaîne diabolique et un cancan d'enfer à 7 heures du matin (service du matin): «Avant que les frais gazons n'apparaissent aux paupières entr'ouvertes du matin» (c). «Voici le menu: Consommé de volaille à la Bagration; 16 hors-d'œuvres variés; Bouchées à la Talleyran, Saumons froids sauce Ravigote, Filets de bœuf en Bellevue, Timbale milanaise. Chaud froid de gibier. Dindes truffées. Patés de foie gras. Buisson d'écrevisses. Gelées blanches aux fruits. Gateaux Mancini, parisiens et parisiennes. Fromages glacés. Ananas. Dessert. (Note de l'auteur.)

(a) Ruskin veut parler ici des versets de S. Luc, XI, 11 et S. Mathieu, VII, 9: «Quel est le père d'entre vous qui donne à son fils une pierre quand il lui demande du pain?» Comparez avec cette autre belle interprétation des mêmes versets dans la Couronne d'Olivier Sauvage, I, le Travail: «Il est manifeste que Dieu entend que toute parole bonne et tout travail utile soient faits pour rien. Baruch, l'écrivain public, ne gagna pas, je gage, un sou la ligne à copier pour Jérémie son second rouleau, et saint Étienne n'eut pas les émoluments d'un évêque pour son long sermon aux Pharisiens: il n'eut que des pierres. Car c'est là le payement naturel du père terrestre. Qu'un enfant de ce monde travaille pour le bien du monde, honnêtement, de toute sa tête et de tout son cœur et vienne à lui, disant: «Donne-moi un peu de pain, juste ce qu'il faut pour vivre», le père terrestre lui répondra: «Non, mon enfant, pas de pain, une pierre, si tu veux ou autant que tu en voudras, pour te faire taire.» Mais les travailleurs manuels ne sont pas aussi malheureux que tout ceci le laisserait entendre. Le plus qui puisse vous arriver à vous, c'est de cesser des cailloux, non d'être lapidés, etc. (Note du traducteur.)

(b) Dans la Couronne d'Olive Sauvage Ruskin a rapproché de même deux entrefilets presque pareils à ceux-ci et d'où se dégage le même enseignement:

«Je vais d'abord pour commencer vous l'exposer lumineusement en vous lisant tout bonnement deux entrefilets que j'ai découpés en déjeunant, dans deux journaux placés sur ma table le même jour, 25 novembre 1864. Le passage concernant le Russe opulent à Paris est assez banal at, qui plus est, stupide (car ce n'est rien pour un riche de payer 15 francs pour une couple de pêches en dehors de l'époque ordinaire de ces fruits). Cependant, les deux faits-divers parus le même jour valent d'être placés côte à côte.

«Un de ces hommes est actuellement dans nos murs. C'est un Russe, et, avec votre permission, nous l'appellerons comte Teufelskine. Dans sa façon de s'habiller, il est sublime; l'art joue son rôle dans cette mise où l'harmonie des couleurs est respectée, et où, dans d'heureux contrastes, sa révèle le chiar'-oscuro. Ses manières sont empreintes de dignité—peut-être même apathiques; rien ne trouble la calme sérénité de cet extérieur placide. Notre ami, un jour, déjeunait chez Bignon. Quand arriva l'addition, il y lut: «Deux pêches, 15 francs.» Il paya. «Les pêches sont rares, je présume?» se borna-t-il à remarquer. «Non, Monsieur, répliqua le garçon, mais les Teufelskines le sont.» (Telegraph, 25 novembre 1864.)

«Hier matin, à huit heures, une femme, passant près d'un tas de fumier, dans la cour pavée qui longe l'hospice récemment construit dans Shadwell Gap High-Street, Shadwell, fit remarquer à un constable du quartier un homme accroupi sur le tas de fumier, lui disant qu'elle craignait qu'il ne fût mort. Ses craintes se trouvèrent justifiées. La mort du malheureux paraissait remonter à plusieurs heures. Il était mort de froid et d'humidité, et la pluie avait fouetté le cadavre toute la nuit. Le défunt était chiffonnier. Il était tombé dans la plus effroyable pauvreté, misérablement vêtu, la ventre vide. La police l'avait à plusieurs reprises chassé de cette cour depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, lui disant de rentrer chez lui. Il avait choisi l'endroit la plus désert afin d'y mourir misérablement. On trouva dans ses poches un sou et quelques os. Il pouvait avoir entre cinquante et soixante uns. L'inspecteur Roberts, de la division K, a ordonné de faire une enquête chez les logeurs afin de s'assurer, si possible de l'identité du malheureux.» (Morning Post, 25 novembre 1864.) (La Couronne d'Olivier Sauvage, I, le Travail.) (Note du traducteur.)