Le maître de ce clos m'honore. J'en suis digne.
Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
Et nul n'est mieux gardé de tout le Champ Romain.
Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
Chaque soir de marché, fait tinter dans sa main
Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
V
Rigetque dura barba juncta crystallo. Diversorum Poctarum Lusus.
Quel froid! le givre brille aux derniers pampres verts;
Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
Où l'aurore rougit les neiges du Soracte.
Le sort d'un Dieu champêtre est dur. L'homme est pervers.
Dans ce clos ruiné, seul, depuis vingt hivers
Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
Mon vermillon s'écaille et mon bois se rétracte
Et se gerce, et j'ai peur d'être piqué des vers.
Que ne suis-je un Pénate ou même simple Lare
Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
Gorgé de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril!
Près des aïeux de cire, au fond du vestibule,
Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
À mon col vénéré viendraient pendre leur bulle.
Le Tepidarium
La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis;
Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre,
Et le brasier de bronze illuminant la chambre
Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.