Il hésite. Le peuple attendait en silence.
Et le vieux Roi promène un regard incertain
Sur cette foule où luit l'éclair des fers de lance.

Il voit les cavaliers qui gardent le butin,
Glaive au poing, casque en tête, au dos la brigandine,
Rangés autour du Cid impassible et hautain.

Portant l'étendard vert consacré dans Médine,
Il voit les captifs pris au Miramamolin,
Les cinq Émirs vêtus de soie incarnadine;

Et derrière eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,
Douze nègres, chacun menant un cheval barbe.
Or, le bon prince était à la justice enclin:

—Il a vengé son père, il a conquis l'Algarbe;
Elle, au nom de son père, inculpe son amant.—
Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.

—Que faire, songe-t-il, en un tel jugement?—
Chimène à ses genoux pleurait toutes ses larmes.
Il la prit par la main et très courtoisement:

—Relève-toi, ma fille, et calme tes alarmes,
Car sur le coeur d'un prince espagnol et chrétien
Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.

Certes, Bivar m'est cher; c'est l'espoir, le soutien
De Castille; et pourtant j'accorde ta requête,
Il mourra si tu veux, ô Chimène, il est tien.

Dispose, il est à toi. Parle, la hache est prête!—
Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux.
Elle ferma les yeux, elle baissa la tête.

Elle n'a pu braver ce front victorieux
Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte;
Elle a baissé la tête, elle a fermé les yeux.