Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,
Car elle sent rougir son visage enflammé
Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
—C'est sous un bras loyal par l'honneur même armé
Que ton père a rendu son âme—que Dieu sauve!
L'homme applaudit au coup que le prince a blâmé.
Car l'honneur de Laynez et de Laÿn le Chauve,
Non moins pur que celui des rois dont je descends,
Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
Condamne, si tu peux… Pardonne, j'y consens.
Que Gormaz et Laynez à leur antique souche,
Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
Parle, et je donne à Ruy, sur un mot de ta bouche,
Belforado, Saldagne et Carrias del Castil.—
Mais Chimène gardait un silence farouche.
Fernan lui murmura:—Dis, ne te souvient-il,
Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne?—
Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.
Et la main de Chimène a frémi dans la sienne.
LES CONQUÉRANTS DE L'OR
I
Après que Balboa menant son bon cheval
Par les bois non frayés, droit, d'amont en aval,
Eut, sur l'autre versant des Cordillères hautes,
Foulé le chaud limon des insalubres côtes
De l'Isthme qui partage avec ses monts géants
La glauque immensité des deux grands Océans,
Et qu'il eut, s'y jetant tout armé de la berge,
Planté son étendard dans l'écume encor vierge,
Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,
Rêvaient, en arrivant au port de Panama,
De retrouver, espoir cupide et magnifique,
Aux rivages dorés de la mer Pacifique,
El Dorado promis qui fuyait devant eux,
Et, mêlant avec l'or des songes monstrueux,
De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones
L'âpre virginité des rudes Amazones
Que n'avait pu dompter la race des héros,
De renverser des dieux à têtes de taureaux
Et de vaincre, vrais fils de leur ancêtre Hercule,
Les peuples de l'Aurore et ceux du Crépuscule.