Lope de Vega.
Le lac, entouré de ses montagnes, dort tranquille, comme si la nuit précédente il n’avait pas lui aussi été secoué par la tempête. Aux premiers reflets de lumière qui réveillent dans les eaux les génies phosphorescents, se dessinent au loin, presque aux confins de l’horizon, des silhouettes grises; ce sont les barques des pêcheurs qui lèvent leurs filets, des cascos et des paraos[1], qui tendent leurs voiles.
Du sommet d’une hauteur, deux hommes, vêtus de deuil, regardaient l’eau, silencieux; l’un n’est autre qu’Ibarra; son compagnon est un jeune homme d’humble aspect et de physionomie mélancolique.
—C’est ici! disait ce dernier. C’est ici que le fossoyeur nous a conduits, le lieutenant Guevara et moi.
Ibarra serra avec effusion la main du jeune homme.
—Vous n’avez pas à me remercier. Je devais beaucoup à votre père et tout ce qu’a pu faire ma reconnaissance a été de l’accompagner au tombeau. J’étais venu ici sans y connaître personne, sans recommandations, sans fortune, comme maintenant. Mon prédécesseur avait abandonné l’école pour se consacrer à la vente du tabac. Votre père me protégea, me procura une maison et m’aida autant qu’il fut nécessaire au commencement de mon installation; il venait visiter l’école et distribuait des cuartos aux enfants pauvres et appliqués; il leur fournissait aussi des livres et du papier. Mais hélas! comme tout ce qui est bon, ce temps fut de courte durée.
Ibarra se découvrit et sembla prier un long moment. Puis il se retourna vers son compagnon et lui dit:
—Vous disiez que mon père secourait les enfants pauvres, mais maintenant?
—Maintenant ils font de leur mieux et écrivent comme ils peuvent, répondit le jeune homme.
—Et pourquoi?