—La conduite du gobernadorcillo m’indigne! disait à ses amis le chef du parti libéral, D. Filipo; il apporte un plan préconçu pour retarder jusqu’au dernier moment la discussion du projet. Notez qu’il nous reste à peine onze jours.

—Il est resté au couvent à conférer avec le curé qui est malade! observa un des jeunes.

—Cela ne fait rien! reprit un autre; nous avons déjà tout préparé. Pourvu que le projet des vieux n’obtienne pas la majorité...

—Je ne le crois pas! dit D. Filipo; je présenterai le projet des vieux...

—Comment? que dites-vous? demandèrent ses auditeurs surpris.

—Je dis que, si je parle le premier, je présenterai le projet de nos adversaires.

—Et le nôtre?

—Vous vous en chargerez, vous, répliqua le lieutenant en souriant et il s’adressa à un jeune cabeza de barangay[2]: vous parlerez après que ma proposition aura été rejetée.

—Nous ne vous comprenons pas, señor! dirent ses interlocuteurs en le regardant, pleins de doute.

—Écoutez! dit D. Filipo à voix basse à deux ou trois amis qui l’écoutaient. Ce matin je me suis rencontré avec le vieux Tasio.