—Moi?... vous suivre? murmura-t-elle en reculant d’un pas et terrifiée, elle regardait les uniformes des soldats.

—Pourquoi pas?

—Ah! ayez pitié de moi! supplia-t-elle presque à genoux. Je suis bien pauvre, je n’ai rien à vous donner, ni or, ni bijoux; la seule chose que j’avais vous me l’avez déjà prise, c’est la poule que je pensais vendre... emportez tout ce que vous trouverez dans ma misérable cabane, mais laissez-moi, laissez-moi mourir ici en paix!

—En avant! tu dois venir, si tu ne nous suis pas de bon gré nous t’attacherons.

Sisa poussa une amère plainte. Ces hommes étaient inflexibles.

—Laissez-moi au moins marcher devant à quelque distance! supplia-t-elle, quand elle sentit qu’ils se saisissaient d’elle et la poussaient brutalement.

Les deux soldats s’émurent et causèrent entre eux à voix basse.

—Bien, dit l’un d’eux; comme d’ici à ce que nous soyons au pueblo tu peux t’échapper, tu seras entre nous deux. Une fois là tu pourras marcher devant à une vingtaine de pas, mais fais attention! n’entre dans aucune boutique, ne t’arrête pas. En avant et vivement!

Les prières furent vaines, vaines les raisons, inutiles les promesses. Les soldats répondaient qu’ils se compromettaient déjà suffisamment et lui accordaient trop de faveurs.

A se voir ainsi, entre ses deux gardiens, elle se sentit mourir de honte. Personne il est vrai ne venait sur la route, mais et l’air? et la lumière du jour? N’est-ce pas le fait de la véritable pudeur de voir des regards de tous côtés? Elle se couvrit la figure de son mouchoir et marchant ainsi, comme une aveugle, elle pleura en silence sur son humiliation. Certes sa misère était grande, elle savait que tous, même son mari, l’avaient abandonnée, mais jusque-là elle s’était toujours considérée comme honorable et estimée: c’était avec compassion qu’elle regardait ces femmes aux toilettes scandaleuses que tous flétrissaient du nom de «femmes à soldats». Et voici qu’il lui semblait descendre sur l’échelle sociale à un degré inférieur encore à celui de ces malheureuses.