Un tintement de cloches annonçait la fin de la grand’messe. Elle pressa le pas pour éviter la foule qui sortait de l’église: ce fut en vain.
Deux femmes qu’elle connaissait passèrent, l’interrogeant du regard; elle les salua avec un amer sourire; mais pour éviter de nouvelles mortifications elle baissa la tête et fixa ses yeux sur le sol, ce qui ne l’empêchait pas de trébucher contre les pierres du chemin.
A sa vue, on se retournait, on chuchotait, on la suivait des yeux; malgré qu’elle ne regardât rien, elle devinait, elle sentait, elle voyait tout.
Une femme qu’à sa tête nue, à sa robe jaune et verte, à sa chemise de gaze bleue, à son costume et à ses manières on reconnaissait comme faisant le bonheur de la soldatesque cria aux gardes d’une voix effrontée:
—Où l’avez-vous prise? et l’argent, l’avez-vous?
Sisa crut avoir reçu un soufflet: cette femme l’avait publiquement mise à nu. Elle leva la tête pour connaître d’un seul coup tout le sarcasme et toute la honte; les gens qui la montraient au doigt étaient loin d’elle, très loin même, mais cependant elle sentait le froid de leurs regards, elle entendait la méchanceté de leurs propos. Le sol se dérobait sous ses pieds.
—Par ici! lui cria un garde.
Comme un automate dont se brise le mécanisme, elle tourna rapidement sur ses talons et, sans rien voir, sans penser à rien, courut pour se cacher; une porte gardée par une sentinelle était devant elle; elle voulut y entrer; mais, plus impérieuse encore, une autre voix la détourna. Comme elle cherchait d’où venait cette voix, elle sentit qu’on la poussait par les épaules. Ses yeux se fermèrent, elle fit deux pas, puis les forces lui manquèrent et la malheureuse se laissa tomber sur le sol, d’abord à genoux, assise ensuite. Un sanglot sans larmes, sans cris, sans exclamations, l’agitait convulsivement.
C’était le quartier. Il y avait là des soldats, des femmes, des porcs, des poules. Quelques gardes raccommodaient leurs habits; une des femmes couchée sur le banc, la tête appuyée sur la cuisse d’un soldat, fumait et regardait vers le toit d’un air ennuyé; d’autres aidaient les gardes à laver leurs hardes, à nettoyer leurs armes, etc., fredonnant des chansons lubriques.
—Tiens, les poulets se sont sauvés, vous ne ramenez que la poule! dit l’une, sans que l’on pût savoir si elle faisait allusion à Sisa ou au malheureux volatile qui continuait à piailler.