—N’ont-ils pas de nids?
—Je suppose qu’ils doivent en avoir, sinon ils seraient bien malheureux!
Maria Clara ne remarqua pas l’accent de tristesse avec lequel le jeune homme avait fait cette remarque.
—Alors?
—On dit, señora, que les nids de ces oiseaux sont invisibles et qu’ils ont la propriété de rendre également invisible celui qui les a en son pouvoir; de même que l’âme ne peut se voir que dans le brillant miroir des yeux, ce ne doit être que dans le miroir des eaux que ces nids se peuvent contempler.
Maria Clara devint pensive.
Mais on était arrivé au baklad[6]; le vieux marinier attacha les embarcations à un roseau, tandis que son fils se disposait à monter sur le bord de l’enclos pourvu de son panalok, c’est-à-dire de la ligne avec la poche de filet.
—Attends un instant, dit à ce dernier la tante Isabel, il faut disposer le sinigang pour que les poissons sortant de l’eau puissent être mis dans la marmite.
—Quoi! bonne tante Isabel, s’écria le séminariste, ne voulez-vous pas que le poisson puisse rester au moins un instant hors de l’eau.
Malgré sa figure blanche et joyeuse, Andeng, la sœur de lait de Maria Clara, était renommée comme bonne cuisinière. Elle prépara de l’eau de riz, des tomates et des camias[7]; quelques jeunes gens qui peut-être voulaient mériter ses sympathies l’aidaient dans ces préparatifs. Les autres jeunes filles épluchaient les cœurs de citrouilles, les pois et coupaient les paayap[8] en petits morceaux longs comme des cigarettes.