Pour tromper l’impatience de ceux qui désiraient voir comment les poissons, vivants et frétillants, sortiraient de leur prison, Iday prit la harpe; non seulement elle touchait très bien de cet instrument mais de plus elle avait une très jolie main.
La jeunesse applaudit, Maria Clara l’embrassa; la harpe est l’instrument dont on joue le plus dans cette province, surtout dans ces occasions.
—Chante, Victoria, chante la Chanson du Mariage! demandèrent les vieilles dames.
Les hommes protestèrent et Victoria, qui avait fort bonne voix, se plaignit d’être enrouée. La Chanson du Mariage est une belle élégie tagale où sont peintes toutes les tristesses et toutes les misères de la vie de ménage sans aucune de ses consolations et de ses joies.
Alors, Maria Clara fut à son tour sollicitée.
—Toutes mes chansons sont tristes, dit-elle.
—Cela ne fait rien, lui répondirent ses compagnes.
Elle ne se fit plus prier, prit la harpe et d’une voix vibrante, harmonieuse et pleine de sentiment, chanta ces couplets:
«Les heures sont douces dans la patrie
Où est l’ami, quand brille le soleil.