Enfin, Andeng annonça que le bouillon était prêt à recevoir ses hôtes.

Le jeune fils du pêcheur, monta alors sur la resserre ou bourse de l’enclos de pêche, placée à l’extrémité la plus étroite. Là, si les malheureux poissons avaient su lire et comprendre l’italien, on aurait pu écrire le Lasciate ogni speranza voi ch’entrate[11], car ils n’en sortaient que pour mourir. C’était un espace presque circulaire d’environ un mètre de diamètre, disposé de telle façon qu’un homme pût se tenir debout sur la partie supérieure afin de retirer les poissons avec un petit filet.

—J’aimerais pêcher à la ligne comme cela, disait Sinang tout heureuse.

Tous étaient attentifs. Déjà quelques-uns croyaient voir frétiller et s’agiter les poissons et briller leurs étincelantes écailles: le jeune homme abaissa le filet, rien n’en sortit.

—La resserre doit être pleine, dit Albino à voix basse, depuis cinq jours on ne l’a pas visitée.

Le pêcheur retira la ligne: pas plus que le filet aucun poisson ne l’ornait; l’eau retombant en abondantes gouttes, où se jouait le soleil, semblait rire d’un rire argentin. Un cri de désappointement s’échappa de toutes les bouches.

La même opération répétée obtint le même résultat.

—Tu ne connais pas ton métier! dit Albino en grimpant auprès du jeune homme, et il lui arracha le filet des mains. Regarde, maintenant! Andeng, ouvrez la marmite!

Mais Albino ne fut pas plus adroit, le filet était toujours vide. Tous commencèrent à rire.

—Ne faites pas de bruit, vous chassez les poissons, dit-il. Ce filet doit être troué.