—C’est-à-dire que tu voudrais faire avec lui ce que le curé fait avec toi, puisqu’il te surveille continuellement? répondit une voix joyeuse. Prends garde, car la jalousie fait maigrir et creuse les yeux.

—Non, ce n’est pas par jalousie, c’est par pure curiosité! répliquait la voix argentine, tandis que la joyeuse répétait: Oui! jalouse, jalouse! et riait aux éclats.

—Si j’étais jalouse, au lieu de vouloir me rendre invisible, c’est à lui que je donnerais ce privilège pour que personne ne puisse le voir.

—Mais toi, tu ne le verrais pas non plus et ce ne serait pas bien. Le mieux, si nous trouvons le nid, sera que nous le donnions au curé; il pourra ainsi nous surveiller sans qu’on soit forcé de le voir, n’est-ce pas ton avis?

—Je ne crois pas aux nids de hérons, répondit l’autre voix; mais si jamais je devenais jalouse, je saurais surveiller et me faire invisible...

—Comment? comment? comme une Sœur surveillante peut-être?

Ce souvenir de pension provoqua encore un accès de gaieté.

—Tu sais comment on la trompait, la Sœur surveillante!

De sa cachette, le P. Salvi reconnut Maria Clara, Victoria et Sinang se promenant dans le ruisseau. Les trois jeunes filles, tout en marchant, regardaient la surface des eaux, cherchant le mystérieux nid de héron; elles allaient, mouillées jusqu’aux genoux, les larges plis des jupes de bain laissant deviner la gracieuse courbe de leurs jambes. Les cheveux déliés, les bras nus, le buste recouvert de chemises à grandes raies de couleurs claires, elles cherchaient l’impossible et cueillaient en même temps des fleurs et des plantes croissant sur les rives.

L’Actéon religieux, immobile et pâle, contemplait Maria Clara, cette pudique Diane; ses yeux brillant dans leurs sombres orbites ne se lassaient pas d’admirer ces bras blancs et bien modelés, ce cou élégant, cette gracieuse gorge: les pieds mignons et roses qui jouaient avec l’eau réveillaient dans son être appauvri d’étranges sensations et faisaient rêver son ardent cerveau.