Celui-ci le regarda des pieds à la tête et lui répondit avec un souverain mépris.

—Je n’ai pas de comptes à vous rendre de mes actes! A nos fêtes, tout le monde est bien reçu et vous-même, si vous étiez venu, vous auriez trouvé un siège à notre table, comme votre alférez qui, il y a deux heures, était encore avec nous.

Et ceci dit, il tourna les épaules.

Le sergent se mordit les lèvres et, voyant qu’il n’était pas le plus fort, il ordonna à ses hommes de rechercher de tous côtés, jusque dans les arbres, le pilote dont ils avaient le signalement sur un papier. D. Filipo lui disait:

—Remarquez bien que ce signalement convient aux neuf dixièmes des naturels; faites attention aux faux pas!

Les soldats revinrent enfin, disant qu’ils n’avaient rien vu qui pût paraître suspect: le sergent balbutia quelques paroles et s’en alla comme il était venu, en garde civil.

La joie renaquit peu à peu, ce fut une pluie de questions, une abondance de commentaires.

—C’est cet Elias qui a jeté l’alférez dans une mare! disait Léon pensif.

—Comment cela? qu’était-il arrivé? demandèrent quelques curieux.

—On dit qu’au mois de septembre, par une journée très pluvieuse, l’alférez se rencontra avec un homme qui portait du bois. La route était inondée, il ne restait qu’un passage étroit, à peine suffisant pour une personne. Il paraît que l’alférez, au lieu de retenir son cheval, piqua des éperons, criant à l’homme de retourner sur ses pas. Celui-ci qui ne voulait ni marcher inutilement à cause de la charge qu’il avait sur le dos ni s’enfoncer dans la mare, poursuivit sa route. Irrité, l’alférez voulut le frapper, mais l’homme prit un morceau de bois et le jeta à la tête du cheval avec une telle force que la pauvre bête tomba, déposant le cavalier au milieu de l’eau. On ajoute que l’homme poursuivit tranquillement son chemin sans s’occuper des cinq balles que, de la mare, l’alférez, aveuglé par la colère autant que par la boue, lui envoya l’une après l’autre. Comme l’homme était entièrement inconnu de lui, on supposa que ce devait être le célèbre Elias, arrivé dans la province depuis quelques mois, venu on ne sait d’où et qui s’était déjà fait connaître des gardes civils de quelques pueblos par de pareils faits.