—C’est donc un tulisan? demanda Victoria tremblante.

—Je ne le crois pas, car on dit qu’il s’est battu contre les tulisanes un jour qu’ils avaient attaqué une maison.

—Il n’a pas la figure d’un malfaiteur! ajouta Sinang.

—Non, mais son regard est très triste, je ne l’ai pas vu sourire de la matinée, répondit pensive Maria Clara.

L’après-midi se passa ainsi, l’heure était venue de retourner au pueblo.

Aux derniers rayons du soleil mourant, tout le monde sortit du bois en passant en silence près de la mystérieuse tombe de l’ancêtre d’Ibarra. Puis les conversations redevinrent gaies, vives, pleines de chaleur, sous ces branchages peu accoutumés à tant de bruit. Les arbres paraissaient tristes, les lianes se balançaient comme pour dire: Adieu, jeunesse! Adieu, rêve d’un jour!

Et maintenant, à la lueur rouge de gigantesques torches de roseaux, au son des guitares, laissons-les suivre leur chemin vers le pueblo. Les groupes se font moins nombreux, les lumières s’éteignent peu à peu, les chants s’affaiblissent et cessent, les guitares deviennent muettes à mesure qu’ils s’approchent des demeures des hommes. Reprenons le masque que nous portons d’habitude, entre frères!


[1] Cebú, l’une des îles de l’archipel des Philippines. N. des T.

[2] Carica papaya, L.—N. des T.