—Montez un moment pour que je puisse sortir avec vous, disait-elle. Je m’ennuie ici avec tous ces gens que je ne connais pas et qui ne parlent que de coqs et de cartes.

Ils montèrent.

La salle était pleine de monde. Quelques personnes s’avancèrent pour saluer Ibarra dont le nom était connu de tous; ils contemplaient extasiés la beauté de Maria Clara et quelques vieilles murmuraient tout en mâchant leur buyo: «On dirait la Vierge!»

Là, ils durent prendre le chocolat.

Depuis le jour de la partie de campagne, Capitan Basilio s’était fait l’ami intime d’Ibarra. Il avait su par le télégramme donné à sa fille Sinang que le jeune homme avait été informé du jugement rendu en sa faveur, aussi, ne voulant pas se laisser vaincre en générosité, il avait insisté pour que la partie d’échecs fût annulée. Ibarra n’y avait pas consenti, Capitan Basilio avait alors proposé que le montant des frais du procès fût employé à payer un maître pour la future école. Aussi, l’orateur employait-il son éloquence à engager ceux qui étaient en procès à se désister de leurs prétentions:

—Croyez-moi! leur disait-il; dans les procès, celui qui gagne reste sans chemise.

Nous devons à la vérité de dire qu’il eut beau de citer les Romains, il ne convainquit personne.

Après avoir pris le chocolat, nos jeunes gens durent entendre le piano, touché par l’organiste du pueblo.

—Quand je l’entends à l’église, disait Sinang en montrant l’artiste, il me donne envie de danser; maintenant qu’il joue du piano il me donne envie de prier. Aussi je m’en vais avec vous.

—Voulez-vous venir avec nous ce soir? demanda Capitan Basilio à l’oreille d’Ibarra lorsqu’il prit congé; le P. Dámaso va faire une petite banque.