—Vois-tu cette lumière dans la tour? C’est mon fils Basilio qui tire une corde! Vois-tu celle-là, dans le couvent? C’est mon fils Crispin; mais je ne puis pas les voir parce que le curé est malade, qu’il a beaucoup d’argent et que l’argent se perd. Prions, prions pour l’âme du curé! Je lui apportais de l’amargoso et des zarzalidas; mon jardin était plein de fleurs et j’avais deux fils. J’avais un jardin, je soignais mes fleurs et j’avais deux fils!
Et quittant le lépreux, elle s’éloigna en chantant:
—J’avais un jardin et des fleurs; j’avais des fils, un jardin et des fleurs!
—Qu’as-tu pu faire pour cette pauvre femme? demanda Maria Clara à Ibarra.
—Rien encore; ces jours-ci, elle avait disparu du pueblo et on n’a pas pu la trouver! répondit le jeune homme un peu confus. De plus, j’ai été très occupé; mais ne t’afflige pas; le curé a promis de m’aider, il m’a recommandé beaucoup de tact et de discrétion, car il paraît que cette affaire met en cause la garde civile. Le curé s’intéresse beaucoup à cette malheureuse.
—L’alférez ne disait-il pas qu’il faisait chercher les enfants?
—Oui, mais alors il était un peu... gris!
A peine venait-il de dire ceci qu’on vit la folle traînée plutôt que conduite par un soldat: Sisa résistait.
—Pourquoi l’emmenez-vous? qu’a-t-elle fait? demanda Ibarra.
—Comment? n’avez-vous pas entendu le bruit qu’elle faisait? répondit le gardien de la tranquillité publique.