—Tous nous devrions connaître par cœur les Saintes Écritures et, ainsi, je n’aurais pas à vous prêcher, pécheurs; vous devriez savoir des choses aussi importantes, aussi nécessaires que le Pater noster; mais, pour beaucoup, vous l’avez déjà oublié, en vivant comme des protestants ou des hérétiques qui ne respectent pas les ministres de Dieu, comme les Chinois, mais je vais vous condamner, je serai impitoyable pour vous, damnés!

—Qu’est-ce qu’il nous raconte là, ce Palé Lámaso[3], murmura le chinois Carlos, en regardant avec colère le prédicateur, qui poursuivait en improvisant et déchaînait une série d’apostrophes et d’imprécations.

—Vous mourrez dans l’impénitence finale, race d’hérétiques! Dieu vous châtie déjà sur cette terre par les cachots et les prisons! Les familles, les femmes doivent vous fuir, les gouvernants doivent vous pendre tous, pour que la semence de Satan ne germe pas dans la vigne du Seigneur! Jésus-Christ a dit: Si vous avez un membre mauvais qui vous induise au péché, coupez-le, jetez-le au feu!...

Fr. Dámaso était nerveux, il avait oublié son sermon et sa rhétorique.

—Entends-tu? demanda à son compagnon un jeune étudiant de Manille, il faut couper?

—Bah! qu’il commence, lui! répondit l’autre en montrant le prédicateur.

Ibarra s’inquiétait; il regarda derrière lui, cherchant quelque coin, mais toute l’église était pleine. Maria Clara ne voyait ni n’entendait rien, elle analysait le tableau des âmes bénies du Purgatoire, âmes en forme d’hommes et de femmes nues avec des mitres, des chapeaux, des toques, brûlant dans les flammes et s’accrochant au cordon de S. François qui supportait tout ce poids sans se rompre.

Dans toute cette improvisation, le moine qui jouait le rôle de l’Esprit-Saint inférieur perdit le fil du sermon et sauta trois longs paragraphes, manquant ainsi à son rôle de souffleur auprès du P. Dámaso qui, haletant, se reposait de son apostrophe.

—Lequel de vous, pécheurs qui m’écoutez, lécherait les plaies d’un mendiant pauvre et dépenaillé? Qui? que celui-là réponde et lève la main! Personne! Je le savais déjà; seul pouvait le faire un saint comme Diego de Alcalá; lui, lécha toute la foule des pauvres, disant à un frère qui s’étonnait: C’est ainsi que l’on guérit ce malade! O charité chrétienne! O piété sans exemple! O vertu des vertus! O modèle inimitable! O talisman sans tache!...

Et il poursuivit lançant toute une longue série d’exclamations, les bras en croix, les élevant, les abaissant, comme s’il avait voulu s’envoler ou épouvanter les oiseaux.