Elias s’était tu depuis un long moment, qu’Ibarra ne lui avait pas encore répondu, n’avait pas prononcé une seule parole.
—Je regrette que cet homme soit mort! dit-il enfin, par lui j’aurais pu savoir quelque chose de plus!
—S’il avait vécu, il se serait échappé de la tremblante main de l’aveugle justice des hommes. Dieu l’a jugé! Dieu l’a tué! que Dieu soit le seul Juge!
Crisóstomo regarda un instant l’homme qui lui parlait ainsi et, découvrant ses bras musculeux, couverts de meurtrissures et de contusions, il lui dit en souriant:
—Croyez-vous aussi au miracle? ce miracle dont parle le peuple!
—Si je croyais aux miracles, je ne croirais pas en Dieu, répondit Elias gravement; je croirais en un homme déifié, je croirais qu’effectivement l’homme a créé Dieu à son image et à sa ressemblance; mais je crois en Lui, j’ai senti sa main plus d’une fois. Au moment où l’échafaudage s’écroulait, menaçant de destruction tout ce qui se trouvait là, moi, je m’attachai au criminel, je me plaçai à son côté; il fut frappé, moi, je suis sain et sauf.
—Vous?... de sorte que vous..?
—Oui, quand son œuvre fatale commençant à s’accomplir, il voulut s’échapper, je le maintins: j’avais vu son crime. Je vous le dis: que Dieu soit l’unique juge entre les hommes, qu’il soit le seul qui ait droit sur la vie; que l’homme ne cherche jamais à se substituer à lui!
—Et cependant, cette fois, vous...
—Non! interrompit Elias devinant l’objection, ce n’est pas la même chose. Quand un homme en condamne d’autres à mort ou brise pour toujours leur avenir, il le fait à l’abri de la force des autres hommes dont il dispose, tant pour se protéger que pour exécuter des sentences qui, après tout, peuvent être injustes et fausses. Mais moi, en exposant le criminel au même péril qu’il avait préparé pour les autres, je courais les mêmes risques. Je ne l’ai pas frappé, j’ai laissé la main de Dieu le frapper!