—C’est mon habitude, balbutia le franciscain, je préfère écouter que parler.
—Votre Révérence espère toujours gagner et ne rien perdre! dit l’alférez un peu moqueur.
Le P. Salvi n’accepta pas la plaisanterie; son œil brilla un moment puis il répliqua:
—Le señor alférez sait bien, en ces jours-ci, que ce n’est pas moi qui gagne ou qui perds le plus.
L’alférez dissimula le coup sous un éclat de rire forcé et ne répondit rien, affectant l’indifférence.
—Mais, señores, je ne comprends pas comment on peut parler de gains ou de pertes, intervint l’Alcalde; que penseraient de nous ces aimables et discrètes demoiselles qui embellissent notre fête? Pour moi, les jeunes filles sont comme les harpes éoliennes au milieu de la nuit; il n’y a qu’à les écouter, à leur prêter attentivement l’oreille, parce que leurs ineffables harmonies élèvent l’âme vers les célestes sphères de l’infini et de l’idéal.
—Votre Excellence est poète! dit gaiement le notaire; et tous deux vidèrent leur verre.
—Je ne puis moins faire, dit l’Alcalde en s’essuyant les lèvres; l’occasion, si elle ne fait pas toujours le larron, fait le poète. En ma jeunesse j’ai composé des vers, qui certainement n’étaient pas mauvais.
—De telle sorte que, pour suivre Thémis, Votre Excellence a été infidèle aux Muses! dit emphatiquement notre mythique et sympathique correspondant.
—Psh! que voulez-vous dire? Parcourir toute l’échelle sociale a toujours été mon rêve. Hier je cueillais des fleurs et j’entonnais des chansons, aujourd’hui j’ai pris la verge de la justice et je sers l’humanité, demain...