—Si Dieu écoute mes prières et si mes espérances s’accomplissent, je dirai à Andoy: Fils, enlève-nous nos péchés et envoie-nous au Ciel. Nous n’aurons plus besoin de prier, de jeûner ni d’acheter des bulles. Quand on a un saint Pape pour fils, on peut commettre des péchés!
—Envoie-le demain chez moi, Petra, dit enthousiasmé le vieillard; je vais lui montrer à labourer le nitô[5]!
—Hem! bah! que croyez-vous donc, grand-père? Pensez-vous que les Papes travaillent des mains? Le curé, bien qu’il ne soit qu’un curé, ne travaille qu’à la messe... quand il se retourne! L’archevêque, lui, ne se retourne pas; il dit la messe assis; et le Pape... le Pape doit la dire dans le lit, avec un éventail! Que vous imaginiez-vous donc!
—Rien de plus, Petra, seulement j’aimerais qu’il sût comment se prépare le nitô. Il est bon qu’il puisse vendre des salakots et des bourses à tabac pour n’avoir pas besoin de demander l’aumône comme le curé le fait ici tous les ans au nom du Pape. Cela me fait peine de voir si pauvre ce saint homme et je donne toujours tout ce que j’ai économisé.
Un autre paysan s’approcha en disant:
—C’est décidé, cumare[6], mon fils doit être docteur; il n’y a rien de tel que d’être docteur!
—Docteur! taisez-vous, cumpare, répondit la Petra; il n’y a rien de tel que d’être curé!
—Curé? prr! curé? Le docteur gagne beaucoup d’argent; les malades le vénèrent, cumare!
—Merci bien! Le curé, pour faire deux ou trois tours et dire déminos pabiscum, mange le bon Dieu et reçoit de l’argent. Tous, même les femmes, lui racontent leurs secrets.
—Et le docteur! que croyez-vous donc qu’est le docteur? Le docteur voit tout ce qu’ont les femmes, il tâte le pouls des filles... Je voudrais bien être docteur seulement une semaine!