—Mais, P. Dámaso...!
—Vous connaissez bien l’indien; aussitôt qu’il a appris quelque chose, il se donne du docteur. Tous ces blancs-becs qui s’en vont en Europe...
—Mais! que Votre Révérence écoute...! interrompit l’Alcalde qui s’inquiétait de la dureté de ces paroles.
—Tous finissent comme ils le méritent, continua-t-il, la main de Dieu est là, il faut être aveugle pour ne pas la voir. Déjà, dans cette vie, les pères de tous ces serpents reçoivent leur châtiment... ils meurent en prison! hé!...
Il n’acheva pas. Ibarra, livide, l’avait suivi du regard; en entendant l’allusion à la mort de son père, il se leva, sauta d’un seul bond, et sa robuste main s’abattit sur la tête du moine qui, hébété, tomba à la renverse.
La surprise, la terreur clouèrent à leur place tous les assistants; aucun n’osait intervenir.
—N’approchez pas! cria le jeune homme d’une voix terrible, en tirant un couteau effilé, tandis qu’il maintenait du pied le cou du prêtre revenu de son étourdissement. Que celui qui ne veut pas mourir ne s’approche pas!
Ibarra était hors de lui, son corps tremblait, ses yeux menaçants sortaient de leurs orbites. Fr. Dámaso, d’un effort, se souleva mais le jeune homme, lui prenant le cou, le secoua jusqu’à ce qu’il l’eût plié à genoux.
—Señor de Ibarra! Señor de Ibarra! balbutièrent quelques assistants.
Mais personne, même l’alférez, ne se risquait à s’approcher; ils voyaient le couteau briller, ils calculaient la force de Crisóstomo, décuplée par la colère. Tous se sentaient paralysés.