—Si cela m’arrivait.., murmura un étudiant entre ses dents.
—Je n’approuve pas ce qu’a fait le franciscain, répondit un autre, car la Religion n’est ni un châtiment ni une pénitence et ne doit s’imposer à personne; mais je le louerais presque, parce que je connais ce jeune homme, je sais qu’il est de S. Pedro Macati et qu’il parle bien le tagal. Maintenant, il veut qu’on le croie nouvellement arrivé de Russie, et il s’honore d’ignorer en apparence la langue de ses parents.
—Alors, Dieu les a créés et ils se battent!
—Cependant, nous devons protester contre le fait, s’écria un autre étudiant: se taire, serait consentir à ce qu’il se renouvelât avec quelqu’un de nous. Sommes-nous revenus au temps de Néron?
—Tu te trompes! lui répliqua l’autre. Néron était un grand artiste et le P. Dámaso est un bien mauvais prédicateur!
Les commentaires des personnes d’âge étaient tout autres.
Tandis que l’on attendait l’arrivée du capitaine général, dans une petite maison, hors du pueblo, le gobernadorcillo disait:
—Dire qui a tort et qui a raison n’est pas facile: mais cependant, si le señor Ibarra avait été plus prudent...
—Vous voulez dire, probablement: si le P. Dámaso avait eu la moitié de la prudence du señor Ibarra, interrompit D. Filipo. Le malheur est que les rôles ont été intervertis; le jeune homme s’est conduit comme un vieillard et le vieillard comme un jeune homme.
—Et vous dites que personne n’a bougé, que personne n’est venu les séparer, si ce n’est la fille du Capitan Tiago? demanda le Capitan Martin. Ni un moine, ni l’Alcalde? Hein! C’est bien pis! Je ne voudrais pas être dans la peau du jeune homme. Personne de ceux qui ont eu peur de lui ne le lui pardonnera! C’est bien pis! Hein!