La folle se laissa tomber à terre, les deux mains cachant ses jambes et regardant son bourreau avec des yeux hagards. Deux forts coups sur l’épaule la forcèrent à se relever: ce ne fut plus une plainte, ce furent deux hurlements! La fine chemise fut déchirée, la peau ouverte, le sang jaillissait.

La vue du sang fait la joie du tigre; celui de sa victime exalta encore Da. Consolacion.

—Danse, danse, maudite damnée! Malheur à celle qui t’a engendrée! danse ou je te tue à coups de fouet.

Et elle-même, la saisissant d’une main tandis qu’elle, la frappait de l’autre, recommença à sauter et à danser.

La folle l’avait enfin comprise et la suivait en remuant les bras, sans rythme ni mesure. Un sourire de satisfaction contracta les lèvres de l’horrible femme, sourire d’un Méphistophelès femelle qui vient de faire un bon élève: il y avait de la haine, du mépris, de la moquerie, de la cruauté; un éclat de rire n’aurait rien dit de plus.

Absorbée par la joie de ce spectacle, elle n’avait pas entendu arriver son mari, jusqu’à ce que, d’un coup de pied, la porte se fût précipitamment ouverte.

L’alférez était pâle et sombre; il vit ce qui se passait et lança à sa femme un regard terrible. Celle-ci ne bougea pas et garda son sourire cynique.

Aussi doucement que possible, il posa la main sur l’épaule de l’étrange ballerine et l’arrêta. La folle respira et s’assit sur le sol taché de son sang.

Le silence continuait; l’alférez respirait avec force; la mégère qui l’observait d’un œil inquiet reprit le fouet et lui demanda d’une voix tranquille et lente:

—Qu’as-tu donc? tu ne m’as pas encore dit bonsoir!