—J’ai l’honneur de vous présenter D. Crisóstomo Ibarra, fils de mon défunt ami, continua Capitan Tiago. Le señor arrive d’Europe et je suis allé le recevoir.
Le nom d’Ibarra souleva diverses exclamations; le lieutenant ne pensa pas à saluer le maître de la maison, mais il s’approcha du jeune homme et l’examina de pied en cap. En ce moment, celui-ci échangeait les phrases usuelles avec tous ceux qui composaient le groupe. Il semblait n’avoir rien qui le distingua des autres invités que son costume noir. Sa taille avantageuse, ses manières, ses mouvements dénotaient cependant une saine et forte jeunesse dont l’âme et le corps ont été également cultivés. Son visage franc et joyeux, d’un beau brun, traversé de quelques légères rides, traces du sang espagnol, était légèrement rosé aux joues, par suite de son séjour dans les pays froids.
—Tiens! s’écria-t-il, surpris et joyeux à la fois, le curé de mon pueblo! P. Dámaso, l’intime ami de mon père!
Tous les regards se tournèrent vers le franciscain qui ne bougea pas.
—Pardon, s’excusa Ibarra confus, je me suis trompé.
—Tu ne t’es pas trompé, répondit enfin le prêtre d’une voix altérée; mais jamais ton père ne fut mon ami.
Ibarra retira lentement la main qu’il avait tendue, le regarda d’un air étonné, se retourna et trouva devant lui la figure bourrue du lieutenant qui ne l’avait pas quitté des yeux.
—Jeune homme, êtes-vous le fils de D. Rafael Ibarra?
Crisóstomo s’inclina.
Fr. Dámaso s’assit à moitié dans son fauteuil et dévisagea le lieutenant.