—Comment avez-vous pu conjurer l’émeute d’hier soir? demanda Ibarra en fixant ses yeux sur lui.

—Très simplement! répondit Elias avec le plus grand naturel; ceux qui dirigeaient le mouvement étaient deux frères dont le père est mort sous les bâtons de la garde civile; j’eus un jour le bonheur de les sauver des mêmes mains qui avaient tué leur père et tous deux m’en sont restés reconnaissants. C’est à eux que je me suis adressé, ils se sont chargés de dissuader les autres.

—Et ces deux frères?...

—Finiront comme leur père, répondit Elias à voix basse; quand une fois le malheur a marqué une famille, tous les membres doivent périr; quand la foudre a frappé un arbre, elle ne tarde pas à le réduire en cendres.

Puis, voyant qu’Ibarra se taisait, il partit.

Resté seul, Crisóstomo perdit l’attitude sereine qu’il avait conservée en présence du pilote et la douleur se manifesta sur sa figure.

—C’est moi, c’est moi qui la fais souffrir! murmura-t-il.

Il s’habilla rapidement et descendit les escaliers.

Un petit homme en deuil, portant une grande cicatrice à la joue gauche, le salua humblement, l’arrêtant dans son chemin.

—Que voulez-vous? lui demanda Ibarra.