—Pourquoi? Parce que l’on n’invoque pas l’inspiration pour la traîner rampante et servile et la prostituer au mensonge. On a poursuivi un auteur qui avait mis en vers une vérité de Pero Grullo[1]. On m’a appelé poète, on ne m’appellera pas fou.

—Pourriez-vous me dire quelle était cette vérité?

—C’était que le fils du lion était un lion lui-même. Il s’en est fallu de peu qu’on ne l’exilât.

Et l’étrange jeune homme s’éloigna du groupe.

Un homme de physionomie joviale, vêtu comme les indigènes, avec des boutons en brillants à sa chemise, arriva presque en courant, s’approcha d’Ibarra et lui dit:

—Señor Ibarra, je désirais vous connaître; Capitan Tiago est mon ami et j’ai connu votre père... Je suis le Capitan Tinong, j’habite Tondo, où vous avez votre maison; j’espère que vous m’honorerez de votre visite et viendrez demain dîner avec nous.

Ibarra était enchanté de tant d’amabilité. Capitan Tinong souriait et se frottait les mains.

—Merci, répondit affectueusement Crisóstomo, mais demain même, je dois partir pour San Diego...

—Quel malheur! alors ce sera pour votre retour.

—La table est servie! annonça un garçon du café La Campana.