—Deux cinq cents?
—Trois?
—Trois.
—Pour la suivante.
Le chœur de curieux et de joueurs répandit la nouvelle du combat des deux célèbres coqs dont chacun avait son histoire et sa renommée conquérante. Tous veulent voir, examiner les deux célébrités; on émet des opinions, on prophétise...
Cependant les voix se font plus hautes, la confusion augmente, la Rueda est envahie, on se bouscule sur les gradins. Les soltadores apportent sur l’arène deux coqs, un blanc et un rouge, armés déjà, mais leurs navajas sont encore enfermées dans les gaînes. On entend de nombreux cris: le blanc! le blanc! par ci, par là quelque voix crie: le rouge! Le blanc était le llamado, le rouge le dejado[7].
Parmi la multitude circulent des gardes civils; ils ne portent pas l’uniforme de ce corps émérite, mais cependant ils ne sont pas mis comme les paysans. Pantalon de guingon à frange rouge, chemise tachée de bleu par la blouse déteinte, bonnet de quartier, leur déguisement est ici en rapport avec leur conduite: ils parient tout en surveillant et troublent la paix qu’ils parlent de maintenir.
Tandis que l’on crie, que les mains s’agitent, remuant de la monnaie, faisant tinter les pièces; tandis que l’on cherche au fond des poches le dernier cuarto ou que, à son défaut, l’on veut engager sa parole, promettant de vendre le carabao, la prochaine récolte, etc., deux jeunes gens, paraissant être les deux frères, suivent les joueurs d’un œil envieux, s’approchent, murmurent de timides paroles que personne n’écoute, et de plus en plus sombres se regardent par instants avec colère et dépit. José les observe à la dérobée, sourit malignement, fait sonner des pesos d’argent, passe près des deux frères et regarde vers la Rueda en criant:
—Je paie cinquante, cinquante contre vingt pour le blanc!
Les deux frères échangent un regard.