XLVIII
L’énigme
Elles reviendront les noires hirondelles...
Gustavo A. Becquer.
Ainsi que José l’avait annoncé, Ibarra arriva le lendemain. Sa première visite fut pour la famille de Capitan Tiago; il espérait voir Maria Clara et lui annoncer que Son Illustrissime Grandeur l’avait réconcilié avec la Religion; il apportait pour le curé une lettre de recommandation, écrite de la main même de l’archevêque. La tante Isabelle, qui avait beaucoup d’affection pour le jeune homme et voyait avec plaisir son mariage avec sa nièce, en fut toute réjouie. Gapitan Tiago était sorti.
—Entrez, lui dit la tante en son mauvais castillan; Maria, D. Crisóstomo est rentré en grâce avec Dieu, l’archevêque l’a désexcommunié!
Mais le jeune homme ne put avancer, le sourire se gela sur ses lèvres, la parole s’enfuit de sa mémoire. Appuyé au balcon, debout, à côté de Maria Clara, était Linares; il faisait des bouquets avec les fleurs et les feuilles des plantes grimpantes; sur le sol gisaient des roses effeuillées et des sampagas; Maria Clara, couchée dans son fauteuil, pâle, pensive, le regard triste, jouait avec un éventail d’ivoire moins blanc que ses doigts effilés.
A la vue d’Ibarra, Linares blêmit et les joues de Maria Clara se teintèrent de carmin. Elle essaya de se lever mais, les forces lui manquant, elle baissa les yeux et laissa tomber son éventail.
Pendant quelques secondes régna un silence embarrassant. Enfin Ibarra put s’avancer et, tremblant, il murmura: