—J’arrive à l’instant, je suis accouru pour te voir... Je te trouve mieux que je ne le croyais.

On aurait dit que Maria Clara était devenue muette; les yeux toujours baissés elle ne répondit pas un mot.

Ibarra toisa Linares d’un regard que le timide jeune homme soutint avec hauteur.

—Allons, je vois que mon arrivée n’était pas attendue, reprit-il lentement. Pardonne-moi, Maria, de ne pas m’être fait annoncer, un autre jour je pourrai te donner des explications sur ma conduite... car nous nous verrons encore... sûrement!

Ces derniers mots furent accompagnés d’un regard à l’adresse de Linares. La jeune fille leva vers son fiancé ses beaux yeux, pleins de pureté et de mélancolie, si suppliants et si doux qu’Ibarra s’arrêta confus.

—Pourrai-je venir demain?

—Tu sais que pour moi tu es toujours le bienvenu, répondit-elle d’une voix faible.

Ibarra s’éloigna tranquille en apparence, mais une tempête agitait son cerveau, un froid intense glaçait son cœur. Ce qu’il venait de voir et de comprendre lui semblait incompréhensible: était-ce du doute, de l’oubli, une trahison?

—Oh, femme! murmura-t-il.

Sans s’en apercevoir, il était arrivé au terrain où se construisait l’école. Les travaux étaient très avancés; son mètre et son fil à plomb à la main, Nor Juan allait et venait au milieu des nombreux ouvriers. En voyant Ibarra, il courut à sa rencontre.