[2] Desmodium canescens de De Candolle.—N. des T.
LVII
Væ victis
L’air sinistre, des gardes civils se promènent devant la porte du tribunal, menaçant de la crosse de leur fusil les intrépides gamins qui se dressent sur la pointe des pieds ou se font la courte échelle pour voir à travers les grilles.
La salle n’a plus le même aspect que le jour où s’y discutait le programme de la fête; il est maintenant sombre et peu rassurant. Les gardes civils et les cuadrilleros qui l’occupent ne prononcent qu’à voix basse de rares et brèves paroles. Sur la table, le directorcillo, deux greffiers et quelques soldats entassent des papiers; l’alférez va d’un côté à l’autre regardant de moment en moment vers la porte d’un air féroce: Thémistocle ne devait pas être plus orgueilleux lorsqu’il se montra aux Jeux Olympiques après la bataille de Salamine. Dans un coin, laissant voir une gorge noire et une denture quelque peu abîmée, bâille Da. Consolacion; son regard se fixe froid et sinistre sur la porte de la prison qu’ornent d’indécents dessins. Elle avait suivi son mari qui, amadoué par la victoire, lui permettait d’assister à l’interrogatoire et aux tortures s’il y avait lieu. La hyène sentait le cadavre, elle s’en léchait les babines et chaque minute lui paraissait longue qui n’annonçait pas le commencement du supplice.
Le gobernadorcillo avait un air de componction très solennel; son fauteuil, ce grand fauteuil placé sous le portrait de S. M., était vide et paraissait destiné à recevoir une autre personne.
Il était près de neuf heures quand le curé arriva, pâle, le front plissé.
—Eh bien! vous ne vous êtes pas fait attendre! lui dit l’alférez.
—Je préférerais n’être pas là, répondit le P. Salvi à voix basse, sans faire cas du ton persifleur de l’officier; je suis très nerveux.