Le premier était D. Filipo, attaché; il salua en souriant son épouse, Doray répondit par un amer sanglot et deux gardes durent faire tous leurs efforts pour l’empêcher d’embrasser son mari. Antonio, le fils de Capitana Tinay, pleurait con±me un enfant, ce qui ne fit qu’augmenter les cris de sa famille. L’imbécile Andong, à la vue de sa belle-mère, cause de sa mésaventure, gémit à fendre l’âme. Albino, l’exséminariste et les deux jumeaux de Capitana Maria, avaient les mains attachées; tous trois étaient sérieux et graves. Enfin sortit Ibarra, les mains libres, marchant entre deux gardes civils. Le jeune homme était pâle, ses yeux cherchaient une figure amie.
—C’est lui le coupable! crièrent de nombreuses voix; c’est lui le coupable et il a les mains libres!
—Mon gendre n’a rien fait et il a les menottes!
Ibarra se retourna vers ses gardes:
—Attachez-moi, mais attachez-moi bien, coude à coude, dit-il.
—Nous n’avons pas d’ordre!
—Attachez-moi!
Les soldats obéirent.
L’alférez parut, à cheval, armé jusqu’aux dents, suivi de dix à quinze autres soldats.
Chaque prisonnier avait là sa famille qui priait pour lui, le saluait de noms affectueux; seul Ibarra n’avait personne; le maître d’école et señor Juan lui-même avaient disparu.