—Et si tu étais homme, lui demanda enfin son mari vexé, que ferais-tu?

—Quoi? eh bien!... eh bien!... aujourd’hui même je me présenterais au capitaine général, pour lui offrir de me battre contre les révoltés, aujourd’hui même!

—Mais, n’as-tu pas lu ce que dit le Diario? Lis! «La trahison infâme et bâtarde a été réprimée avec énergie, force et vigueur, et promptement les rebelles ennemis de la Patrie et leurs complices sentiront tout le poids et toute la sévérité des lois...» Vois! il n’y a pas de soulèvement.

—Cela ne fait rien, tu dois te présenter; beaucoup l’ont fait en 1872 et ainsi n’ont pas été inquiétés.

—Oui! il l’avait fait aussi le P. Burg...

Mais il ne put achever le mot; sa femme accourut et lui ferma la bouche.

—Dis-le! prononce ce nom pour que demain on te pende à Bagumbayan! Ne sais-tu pas qu’il suffit de prononcer ce nom pour être exécuté sans autre forme de procès? Voyons, dis-le!

Quand même Capitan Tinong aurait voulu lui obéir, il n’aurait pas pu; sa femme lui fermait la bouche à deux mains, serrant sa petite tête contre le dossier du fauteuil et peut-être le pauvre homme serait-il mort asphyxié si un nouveau personnage n’était intervenu.

C’était le cousin D. Primitivo, qui savait par cœur l’Amat, homme d’environ quarante ans, vêtu avec recherche, pansu et bedonnant.

Quid video? s’écria-t-il en entrant; que se passe-t-il? Quare?[5]