—Ah! cousin! dit la femme éplorée en courant vers lui, je t’ai fait appeler, car je ne sais ce qu’il va en être de nous... que nous conseilles-tu? Parle, toi qui as étudié le latin et qui connais les arguments...

—Mais avant quid quaeritis? Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu; nihil volitum quin praecognitum[6].

Et il s’assit posément. Comme si les phrases latines avaient eu une vertu tranquillisatrice, les époux cessèrent de pleurer et s’approchèrent attendant le conseil de ses lèvres, comme autrefois les Grecs attendaient la phrase salvatrice de l’oracle qui allait leur livrer les Perses envahisseurs.

—Pourquoi pleurez-vous? Ubinam gentium sumus[7]?

—Tu sais déjà la nouvelle du soulèvement...

Alzamentum Ibarrae ab alferesio Guardiae civilis destructum? Et nunc?[8] Eh bien, quoi! D. Crisóstomo vous doit quelque chose.

—Non, mais sais-tu que Tinong l’avait invité à dîner, il l’a salué sur le Pont d’Espagne... en plein jour! On va dire qu’il est son ami!

—Ami? s’écria surpris le latin en se levant. Amice, amicus Plato sed magis arnica veritas[9]! Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. Malum est negotium et est timendum rerum istarum horrendissimum resultatum. Hemn![10]

Tant de mots en um épouvantèrent Capitan Tinong; il pâlit effroyablement, ce son lui semblait d’un mauvais présage. Son épouse joignit des mains suppliantes:

—Cousin, tu nous parles maintenant en latin; tu sais que nous ne sommes pas philosophes comme toi; parle-nous en tagal ou en castillan, mais donne-nous un conseil.