—Quel malheur que le chien soit attaché.

Basilio sentit un coup frapper sa tête, mais il continua à courir sans s’en occuper. Les chiens aboyaient, les oies criaient, quelques fenêtres s’ouvraient pour donner passage à la tête d’un curieux, d’autres se fermaient par crainte d’une nouvelle nuit de troubles.

Promptement, ils furent hors du pueblo. Sisa commença à modérer sa course; une grande distance la séparait de son poursuivant.

—Mère! lui cria-t-il quand il la distingua.

La folle entendit à peine la voix qu’elle reprit sa course.

—Mère! c’est moi! criait l’enfant désespéré.

La folle n’entendait pas, le pauvre petit la suivait haletant. Les champs cultivés étaient maintenant dépassés, déjà ils étaient sur la lisière du bois.

Basilio vit sa mère y entrer; il l’y suivit. Les buissons, les arbustes, les joncs épineux, les racines des arbres saillant hors de terre entravaient leur marche. L’enfant suivait la silhouette de sa mère, éclairée par instant des rayons de la lune, traversant les branchages touffus. C’était le bois mystérieux de la famille d’Ibarra.

Basilio plusieurs fois trébucha et tomba, mais il se relevait, insensible à la douleur; toute son âme se concentrait dans ses yeux qui ne perdaient pas de vue la figure chérie.

Ils passèrent le ruisseau qui murmurait doucement; les épines des roseaux, tombées sur le bord du rivage, s’enfonçaient dans ses pieds nus: il ne s’arrêtait pas pour les arracher.