A sa grande surprise, il vit que sa mère s’enfonçait dans les fourrés et entrait par la porte de bois fermant la tombe du vieil Espagnol au pied du balitî.

Il s’efforça de la suivre, mais la porte était fermée. De ses bras décharnés, de sa tête échevelée, Sisa défendait l’entrée, maintenant la porte fermée de toutes ses forces.

—Mère, c’est moi, c’est moi, c’est Basilio, votre fils! cria l’enfant exténué en se laissant tomber.

Mais la folle ne cédait pas; s’appuyant des pieds contre le sol, elle offrait une énergique résistance.

Basilio frappa la porte de son poing, de sa tête baignée de sang, pleura, tout fut vain. Se levant péniblement il regarda le mur, pensant à l’escalader, mais il ne trouva rien qui l’y aidât. Il en fit alors le tour et vit une branche du fatidique balitî se croisant avec une de celles d’un autre arbre. Il grimpa; son amour filial faisait des miracles, de branche en branche, il parvint au balitî, et vit sa mère soutenant encore avee sa tête les planches de la porte.

Le bruit qu’il faisait dans les branches appela l’attention de Sisa; elle se retourna, voulut fuir, mais son fils, se laissant tomber de l’arbre, la saisit dans ses bras, la couvrit de baisers, puis, épuisé, s’évanouit.

Sisa vit le front baigné de sang; elle s’inclina vers lui; ses yeux tendus à sortir de leurs orbites se fixèrent sur cette figure dont la mine pâlie secoua les cellules endormies de son cerveau; quelque chose comme une étincelle en jaillit, elle reconnut son fils, et, poussant un cri, tomba sur l’enfant évanoui, le pressant sur son cœur, l’embrassant et pleurant.

Mère et fils restèrent immobiles.

Quand Basilio revint à lui, il trouva sa mère sans connaissance. Il l’appela, lui prodigua les noms les plus tendres et, voyant qu’elle ne respirait pas, qu’elle ne se réveillait pas, il se leva, courut à l’arroyo chercher un peu d’eau dans un cornet de feuilles de platane et en arrosa le pâle visage de sa mère. Mais la folle ne fit pas le moindre mouvement, ses yeux restèrent fermés.

Epouvanté, Basilio la regarda; il appuya son oreille sur le cœur de sa mère, mais le sein amaigri et flétri de la pauvre femme était déjà froid, le cœur ne battait plus: il posa les lèvres sur ses lèvres et ne perçut aucun souffle. Le malheureux embrassa le cadavre et pleura amèrement.