—Avez-vous rencontré au cimetière le fils de D. Rafael, qui vient d’arriver d’Europe?
—Oui, je l’ai vu comme il descendait de voiture.
—On dit qu’il y allait chercher le tombeau de son père... Le coup doit avoir été terrible!
Le philosophe haussa les épaules.
—Ne vous intéressez-vous pas à ce malheur? demanda la jeune femme.
—Vous savez que j’ai été l’un des six qui ont accompagné le cadavre, c’est moi qui me présentai au capitaine général quand je vis qu’ici tout le monde, même les autorités, se taisait devant la profanation dont il avait été victime; et vous savez que je préfère honorer un homme que j’estime pendant sa vie qu’après sa mort.
—Alors?
—Vous savez, señora, que je ne suis pas partisan de la monarchie héréditaire. Par les gouttes de sang chinois que ma mère m’a transmises, je pense un peu comme les Chinois: j’honore le père pour le fils, non le fils pour le père. Que chacun reçoive la récompense ou le châtiment de ses œuvres, mais non pas de celles des autres.
—Avez-vous commandé une messe pour votre défunte épouse, comme on vous le conseillait hier? demanda la femme en changeant de conversation.
—Non! répondit le vieillard en souriant.