Basilio eut à peine la force d’entrer; tout trébuchant, il se laissa tomber dans les bras de sa mère.

Un froid inexplicable s’empara de Sisa lorsqu’elle le vit arriver seul. Elle voulut parler, mais ne trouva pas de mots; elle voulut embrasser son fils mais ne trouva pas non plus de forces; pleurer et parler lui étaient également impossibles.

Cependant, à la vue du sang qui baignait le front de l’enfant, elle recouvra la voix et cria d’un accent qui semblait annoncer la rupture d’une corde de son cœur:

—Mes enfants!

—Ne crains rien, maman! lui répondit Basilio; Crispin est resté au couvent.

—Au couvent? Il est resté au couvent? Vivant? L’enfant levant ses yeux vers elle.

—Ah! s’écria-t-elle, passant de la plus grande angoisse à la plus grande joie. Elle pleurait, embrassant son fils, couvrant de baisers son front ensanglanté.

—Crispin vit! tu l’as laissé au couvent... et pourquoi es-tu blessé, mon fils? Tu es tombé.

Elle l’examinait soigneusement.

—En emmenant Crispin, le sacristain principal me dit que je ne pourrais sortir avant dix heures, et comme il est très tard, je me suis échappé. En traversant le pueblo, deux soldats me crièrent: qui vive? je me mis à courir, ils firent feu et une balle m’effleura le front. Je craignais qu’ils ne me prissent et ne me fissent nettoyer le quartier à coups de bâtons comme ils l’ont fait avec Pablo qui en est encore malade.