—Mon Dieu! mon Dieu! murmura la mère tout émue; merci, tu l’as sauvé!
Et tandis qu’elle cherchait des mouchoirs, de l’eau, du vinaigre et de la charpie, elle ajouta:
—Un doigt de plus et ils te tuaient, ils tuaient mon fils! Les gardes civils ne pensent pas aux mères!
—Tu diras que je suis tombé d’un arbre, personne ne doit savoir que l’on m’a poursuivi.
—Et pourquoi Crispin est-il resté? demanda Sisa après qu’elle eut soigné son fils.
Celui-ci la regarda un instant, puis l’embrassa, puis enfin lui raconta peu à peu l’histoire de l’argent volé; mais cependant il ne lui parla pas des tourments que l’on infligeait à son petit frère.
La mère et l’enfant confondirent leurs larmes.
—Mon bon Crispin, accuser mon bon Crispin! C’est parce que nous sommes pauvres et que les pauvres doivent tout souffrir! murmura Sisa en regardant, les yeux pleins de larmes, le tinhoy[1] dont l’huile finissait de brûler.
Ils restèrent un moment ainsi sans rien dire.
—As-tu mangé? Non? il y a du riz et des sardines sèches.